Les Rencontres de la photographie, un festival à réinventer ?…

Obscuro Barroco, Evangelia Kranioti

Je ne sais pas au juste depuis combien d’années je fréquente le festival des Rencontres de la photographie d’Arles. Toujours est-il que j’y vais chaque été, que pendant longtemps, j’ai attendu avec impatience ce moment où j’allais voir de la photographie, m’en mettre plein les yeux, découvrir de nouveaux artistes, retrouver les grands classiques. Et puis, en 2015, la direction artistique du festival a changé (Sam Stourdzé remplace François Hébel), la fondation privée Luma s’est installée dans le site des ateliers SNCF d’Arles, anciennement lieu central des Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles. Et depuis, sans vouloir faire la fine bouche, le niveau global des expositions a baissé et mon enthousiasme avec. Aux ateliers, là où l’on passait une après-midi héroïque, dans la canicule sans air climatisé, à arpenter les trois ateliers en découvrant, expo après expo, des talents nouveaux de la photographie de reportage d’aujourd’hui, tout en admirant l’architecture des lieux, dans leur jus, et ce n’était pas pour rien dans l’enthousiasme qu’il y avait à supporter ces conditions dantesques, on passe cette année sans s’attarder sur les expositions de la Mécanique Générale : Valérie Belin, Painted ladies, et de Marina Gadonneix, Phénomènes, qui nous laissent hélas indifférents – nous étions quatre visiteurs aux sensibilités variées mais unanimes sur notre ennui – puis, au pas de charge, sur la photo brute (épuisante série de mini-expositions de photographes amateurs : 45 auteurs, 300 photographies, annonce le programme…), puis, sans passion, aux Forges, sur la photographie est-allemande, Corps impatients (les nôtres l’étaient autant !) et dans la plus grande indifférence face à la scénographie « art contemporain » de l’expo Sur Terre. Ouf ! on peut quitter les lieux en jetant un regard critique sur la tour infernale de la Luma.

Il y a bien, à l’espace Van Gogh, une intéressante rétrospective Helen Levitt, et une exposition très réussie consacrée à trois livres de femmes photographes sur les femmes, Unretouched women, il y a bien, à l’Eglise des Frères Prêcheurs, une très belle et angoissante exposition, Datazone, de Philippe Chancel qui nous fait faire un peu de tourisme apocalyptique autour de la planète, mais pour un cinquantième anniversaire du festival qui s’auto-proclame foisonnant, on se dit que le programme est encore moins riche que l’an passé, quand on pensait devoir patienter un an pour assister à un grandiose feu d’artifice. Finissons pour la bonne bouche sur l’Exposition du festival, à la Chapelle Saint-Martin-du-Méjean, celle de la photographe grecque Evangelia Kranioti, une vraie découverte (enfin !), au titre tout aussi poétique que ses photos et ses videos, Les Vivants, les morts et ceux qui sont en mer. Des cadrages stupéfiants, des portraits dans lesquels la photographe fait montre d’une belle empathie pour les exclus (marins, transexuels, prostituées, pauvres de tout poil…) et d’un talent exceptionnel pour photographier le corps dans quelques-uns de ses excès ou dans des mises en scène fulgurantes. On en redemande, tant on a l’impression jusqu’ici de s’ennuyer ferme dans ce 50e opus des Rencontres. Quant à la presse, elle continue de chanter les louanges du festival sur l’air bien connu de « Toujours se réinventer… » – y a-t-il seulement une presse qui exerce un vrai rôle critique à l’égard des Rencontres de la photographie ?

Bien, comme je n’ai pas tout vu cette année, je ferai encore semblant une ou deux journées d’y croire avec elle pour finir cet article pour le moins désenchanté. A très bientôt…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s