Once upon a time in… Hollywood, Quentin Tarantino

Pour rendre compte du dernier film de Quentin Tarantino, Once Upon a Time in… Hollywood, nous avons dépêché au cinéma Le Sémaphore de Nîmes un spectateur innocent et en partie inculte, c’est-à-dire ni lié professionnellement à l’industrie cinématographique hollywoodienne, ni américain, ni cinéphile français averti et fanatique du bon vieux cinoche amerloque. Son verdict après 2h40 de position assise devant un écran bombardé d’images ne fera peut-être pas plaisir aux inconditionnels du réalisateur : vous pouvez fort bien vous passer d’aller voir ce film de plus dans la cinématographie de Tarantino. C’est sévère, avouons-le, car il paraît que ce film de Tarantino est plein de références (n’est-ce pas toujours le cas chez Tarantino ?). C’est sévère, avouons-le, car le savoir-faire du maître est resté égal à lui-même (on s’en réjouit). C’est sévère, avouons-le, car notre envoyé spécial dit s’être fendu la poire à plus d’une occasion. L’humour décapant du réalisateur américain n’épargne à peu près personne : l’acteur de séries télévisées (L. DiCaprio), des westerns qui font le bonheur des spectateurs des années soixante, vieillissant et alcoolique à souhait, sympathique mais ringard, qui a « failli » jouer dans un bon film pour lequel, comme il le reconnaît franchement, il n’a pas même été en concurrence avec Steve McQueen, cow-boy d’opérette qui s’effondre en larmes quand un producteur lui signifie, malgré toute l’estime qu’il semble lui vouer, qu’il est fini, mais qu’il pourrait pourtant s’exiler en Italie pour y jouer dans des western spaghetti (comble de la honte pour Rick Dalton) ; Bruce Lee, ridiculisé dans une scène de bagarre (drôlatique) avec le cascadeur, Cliff Booth (Brad Pitt), qui double Rick Dalton dans ses tournages ; Sharon Tate (Margot Robbie) qui se fait reconnaître (difficilement) à l’entrée d’un cinéma pour y voir à l’œil, alors qu’elle vit luxueusement dans une villa achetée par Roman Polanski, un film où elle apparaît au générique, puis s’extasie naïvement quand le public réagit aux scènes dans lesquelles elle joue (Dalton est à peu près aussi nombriliste devant un épisode télévisé dans lequel il abat deux hommes et qu’il ne manque pas de regarder avec Cliff Booth). Personne ne s’en tire à bon compte, ni homme ni femme, si ce n’est peut-être une jeune actrice de huit ans qui tourne dans la série télévisée Ranch L et Booth, malgré un portrait tout de même peu flatteur.

Notre spectateur a regardé ce neuvième opus de Tarantino sans passion, comme de l’extérieur, sans s’impatienter pour autant, comme on regarde un objet étranger pas assez étrange pour intéresser. Le scénario lui a semblé un peu mince, les scènes souvent longues (période italienne, entre autres, sans grand intérêt et illustrative) et mises bout à bout sans véritable travail sur la structure. Quand il lui a soudain semblé que le véritable sujet du film n’était peut-être pas tant Hollywood que l’affaire du meurtre horrible de Sharon Tate par les adeptes de la secte de Charles Manson, il s’est dit que le propos pouvait potentiellement basculer dans le mauvais goût et le politiquement incorrect. Ce n’est pas vraiment le cas. Tarantino estime que le meurtre de Sharon Tate appartient à l’histoire de l’Amérique et est donc un sujet public dont il a le droit de s’emparer. Sans doute. Il le traite comme il veut – comme il peut ? Le sujet est épineux et l’image glauque de l’Amérique à laquelle il renvoie laisse indifférent plus qu’elle ne dérange, même traitée par Tarantino. En cherchant du côté de la polémique que ne doit pas manquer de faire naître un nouveau film du réalisateur de Pulp Fiction, il semble que des féministes américaines se plaignent de ce que les personnages de femmes dans Once upon a time… soit sans épaisseur et ridicules. Bon, sans doute. Mais, on l’a déjà dit, c’est le lot commun d’à peu près tous les personnages. Quant à Polanski, le spectateur naïf se demande si Tarantino ne l’égratigne pas au passage via une allusion à l’accusation de viol sur mineure qui l’a mené à l’exil en Europe (Booth qui refuse les avances d’une jeune femme de moins de dix-huit ans et annonce qu’il n’est pas assez stupide pour risquer la tôle pour ce genre de plaisir) et son portrait vite expédié à travers le regard de Steve McQueen (un homme petit et qui paraît douze ans). Sa femme aurait même un peu protesté et… Mais Tarantino a détendu tout le monde en désamorçant la polémique avant qu’elle n’enfle. Là encore, notre spectateur étranger ne se retourne pas dans son fauteuil de cinéma : il se dit finalement que le film de Tarantino est bien un film sur Hollywood, un film pour les Américains et que cela ne le concerne guère. Il se dit aussi, pour ne parler que de cinéma, que les films de Polanski sont peut-être meilleurs que ceux de Tarantino. Mais même cela ne le concerne guère…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s