Les Parapluies d’Erik Satie, Stéphanie Kalfon

Trois Gnossiennes, E. Satie

Ceci n’est pas une biographie d’Erik Satie, mais un roman qui aborde la vie du musicien maudit sous l’angle de quelques-unes de ses principales caractéristiques, la tristesse, l’anticonformisme, la loufoquerie choisie, une certaine folie, peut-être. Un parti-pris que l’incipit affirme clairement : « On n’envie jamais les gens tristes. On les remarque. On s’assied loin, ravi de mesurer les kilomètres d’immunité qui nous tiennent à l’abri les uns des autres. Les gens tristes sourient souvent, possible oui, possible. Ils portent en eux une musique inutile. Et leur silence vous frôle comme un rire qui s’éloigne. Les gens tristes passent. Pudiques. S’en vont, reviennent. Ils se forcent à sortir, discrets faiseurs d’été… Partout c’est l’hiver. Ils ne s’apitoient pas : ils s’absentent. Ils disparaissent poliment de la vue. ils vont discrètement se refaire un monde, leur monde, sans infliger les désagréments de leur laideur inside.  Ils savent quoi dire sans déranger. C’est tout un art de marquer les mémoires d’une encre effaçable. » Le choix stylistique d’une écriture poétique permet à l’auteure de faire un pas de côté par rapport à la vie de Satie, de s’en tenir à une sorte de portrait psychologique, sans lourdeur, sans s’appesantir sur son époque et sans imposer au lecteur l’intégralité de la vie de Satie. Les lecteurs amoureux du compositeur en seront peut-être déçus, mais Stéphanie Kalfon a fait le choix du romanesque et rien ne lui imposait de raconter dans les moindres détails la vie de l’homme auquel elle s’intéressait.

De ce point de vue, le livre est réussi. Mais avouons que le récit, assez peu narratif, de la lente déchéance de l’artiste solitaire peut finir par lasser quelque peu. Il y a bien sûr dans ce petit ouvrage d’à peine deux cents pages quelques beaux passages, des pages et des chapitres de très bonne qualité, mais il manque à l’ensemble, dont la structure se veut aussi libre que l’était l’esprit de Satie, la matière qui pourrait rendre le personnage plus vivant, plus présent. L’intention était sans doute de rendre, par ces choix stylistiques et narratifs, l’absence à lui-même et au monde d’un homme qui passe à côté de sa vie, mais le livre nous laisse d’une certaine façon sur notre faim et on se prend finalement à regretter que l’auteur n’ait pas eu le projet, plus classique sans doute, moins ambitieux peut-être, d’aborder son personnage en puisant plus volontiers dans sa vie professionnelle. Car en s’en tenant essentiellement à la partition de vie de Satie, et aux pièces les plus tristes de cette vie, on finit par se dire que Stéphanie Kalfon s’est assise un peu loin de son homme triste et qu’ainsi on passe à côté de l’artiste.

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