Ad Astra, James Gray

Course-poursuite sur la lune

Recette : Film de SF, tendance Space Opera

Ingrédients : 1 grand acteur – 1 poignée de références aux grands films du genre – 1 intrigue qui dépasse la seule SF – 1 course-poursuite sur la lune – 1 budget énorme – quelques effets spéciaux – quelques images grandioses de l’espace – 1 exploration de planètes photogéniques – des décollages de fusées – un peu d’attrape-couillons

Ursula K. Le Guin, dans ses essais sur les littératures de l’imaginaire, et en particulier la Science Fiction, l’a dit : pour faire oeuvre dans l’imaginaire (SF, Heroic Fantasy, etc…), il faut que le propos dépasse la seule écriture de genre. James Gray a bien reçu le message et a généreusement arrosé son film de psychologie. Notre héros, Roy Mc Bride (Brad Pitt), un astronaute aux nerfs d’acier (son rythme cardiaque ne dépasse jamais les 80 pulsations/minute, même dans les situations les plus critiques, son mental est sans faille, etc…) part aux confins de l’univers, sur Neptune, pour tenter d’y retrouver son père, un héros de l’espace parti en mission à la recherche d’autres formes de vie dans l’univers et qui a fini par couper les liens, deux décennies plus tôt, avec la planète terre en n’envoyant plus le moindre message. Il se trouve que des rayons cosmiques qui mettent en danger l’humanité pourraient bien être émis depuis Neptune et, peut-être, sans doute, par le vaisseau .de la mission Lima. Mc Bride fils est évidemment l’homme le plus à même de mener à bien cette mission, grâce à des capacités physiques et mentales au-dessus de la moyenne et qui font l’admiration des militaires qui l’envoient au charbon. Il est entièrement voué à son métier, indifférent à la femme qu’il laisse derrière lui sur terre (une scène dans laquelle il se définit professionnellement comme un astronaute qui ne se préoccupe pas du superflu, nous le montre en gros-plan, sa femme apparaissant en arrière-plan, en flou, annonce sans finesse la couleur), égoïste à souhait, tout comme son père qui a abandonné sa famille pour aller chasser la vie extraterrestre dans l’univers. Tout ça est un peu poussif, disons-le tout net. Le scénario ne mérite guère qu’on s’y attache plus longuement. Les scènes de genre, course-poursuite sur la lune, visite d’un vaisseau spatial qui a lancé un message d’alerte et dans lequel un singe de laboratoire déchaîné tue tout ce qu’il y a d’humain (ouf ! Mc Bride fils est assez maître de ses émotions pour en venir à bout), chute libre du haut d’une antenne satellisée et ouverture du parachute, retour sur terre après une longue Odyssée, etc… laissent le spectateur, qui a déjà tout vu dans des films aussi beaux que 2001, Odyssée de l’espace, froid et blasé. Quant à l’intrigue psychanalytique, dont le message est clair, un fils ne peut s’ouvrir à sa vie et être vraiment lui-même qu’après avoir tué son père (scène où les deux hommes, flottant dans l’espace vers le vaisseau du fils, et rattachés l’un à l’autre par un filin, cordon ombilical que le père ordonne de couper, assez ridicule), elle est tout simplement trop cousue de fil blanc pour intéresser un spectateur tant soit peu exigeant. Les « images grandioses », dixit la critique spécialisée qui s’extasie, de l’espace, le voyage en plusieurs étapes et les planètes toutes plus belles les unes que les autres, les scènes dans lesquelles Mc Bride rencontre des êtres humains qui finissent par lui faire comprendre que son employeur lui a retiré sa confiance, ne sauvent pas le film, hélas, qui s’englue dans une histoire d’œdipe sans intérêt. Et pour en finir une bonne fois pour toute avec ce pensum, Brad Pitt ne peut suffire à lui seul pour faire d’un film prétentieux (qu’on le compare à High Life, de Claire Denis, dont le budget n’était sans doute pas le même) une réussite. Le grand public, en quête d’action et de scènes à effets spéciaux, n’a pas plébiscité ce film, mollasson, que la presse s’est ingéniée à porter aux nues (on peut se demander pourquoi et si James Gray est un si grand réalisateur qu’on l’annonce). La critique n’est pas toujours très pertinente et, pour le coup, on peut s’autoriser à ne pas la suivre en évitant d’aller voir Ad Astra, ni navet, ni film majeur : juste un film moyen, et somme toute assez ennuyeux. Recette pas aussi facile qu’il y paraîtrait et sans doute à revoir.

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