Mexico, Quartier Sud, Guillermo Arriaga

Scénariste des films d’Alejandro González Iñárritu, Guillermo Arriaga est un écrivain mexicain qui a son actif quelques romans et un recueil de nouvelles dont il sera question ici. La nouvelle… un art difficile. En ce qui concerne ce recueil, on en sort en ne sachant pas bien si on a aimé ou non ce livre. On y retrouve ce qu’on connaît déjà de la nouvelle sud-américaine, des histoires souvent dures, dans lesquelles la mort et la tragédie de la vie jouent leur rôle, des nouvelles « coup de poing ». C’est une façon de faire qui a ses adeptes et qui, parfois, donne le jour à des textes forts. Dans Mexico, Quartier Sud, il y a donc bien quelques réussites, il y a aussi des nouvelles qui laissent indifférent. La dernière du recueil, En Paix, grâce à son écriture, grâce à son style, peut être classée parmi les meilleures. C’est l’histoire d’un jeune homme, dont les relations avec les jeunes filles de son âge ne sont pas simples et qui est pris au moment du décès de son père. On s’aperçoit que ses relations avec sa mère ne sont pas simples. Efficace et bien construit. Dans l’obscurité, qui narre l’histoire d’un homme devenu aveugle suite à un accident et de sa relation détériorée avec sa femme. Et ça ne prend pas. La première nouvelle du livre, Lilly, est une nouvelle chorale, dans laquelle un père prend conscience que ses fils ont tué une petite cousine handicapée. Il ne sait sans doute pas, comme nous l’apprend un de ses fils quand il devient narrateur, qu’ils l’ont également violée à plusieurs reprises. Arriaga n’a pas peur d’explorer le glauque, mais le choix narratif discutable (la narration change de main sans transition, ce qui rend l’intrigue parfois difficile à suivre) ne sert pas son propos. La Veuve Diaz, qui suit celle dont on vient de parler, conte le destin tragique d’une femme énigmatique qui meurt d’amour, au grand dam d’un de ses anciens camarades d’école qui voudrait tant la sauver. Un thème dont on ne dira rien mais qui fait de ce texte une nouvelle bien fade. Invaincu, un texte à la structure décousue ne réussit pas mieux à captiver le lecteur.

Toutes les nouvelles du recueil sont dédiées à des personnes inconnues du lecteur, sauf les deux qui le sont à l’écrivain colombien (mort à Mexico), Alvaro Mutis, auteur des aventures hautement littéraires de Maqroll el Gaviero (Maqroll le Gabier), marin qui fait parfois songer à Corto Maltese. Comme Mutis est entré dans mon Panthéon littéraire, la lecture de ces deux nouvelles, La Nouvelle Orléans et La Nuit bleue, a retenu plus particulièrement mon attention. Les deux nouvelles présentent au lecteur un personnage, le docteur del Rio, qu’on retrouvera plus loin dans un autre texte, Légitime Défense. L’homme a une morale un peu élastique et s’arrange des situations délicates dans lesquelles il se trouve plongé, malgré lui, en faisant fi de l’éthique médicale et de la dignité humaine. Dans La Nuit bleue, il reçoit un dimanche alors qu’il déjeune en famille, la visite de deux flics qui lui annoncent qu’il est accusé d’homicide. Son fils vient le chercher à plusieurs reprises, alors que sa situation est plutôt critique. Devant lui, il sauve les apparences, quand, à la fin du texte, il ne trouve rien d’autre à faire pour s’en sortir que d’acheter les deux représentants de l’ordre qui ne demandent pas mieux qu’arrondit leurs fins de mois. Mutis a peut-être lu ce texte, je ne sais s’il l’a aimé. Dans La Nouvelle Orléans, Del Rio prend parti contre un nouveau voisin, un étranger au quartier et hurle avec les loups qui voudraient se débarrasser de lui. Parfait anti-héros, Del Rio n’a rien de sympathique. Soit, mais la nouvelle n’est pas convaincante et sa fin tombe sans sauver l’intrigue. Je ne sais si Mutis a apprécié, mais je suis sûr que ce recueil de nouvelles ne m’a pas convaincu. Sans aller jusqu’à dire qu’il s’agit de mauvaise littérature, ce qui vous laisse toujours la possibilité d’y aller voir par vous-même, si vous êtes comme moi à la recherche de nouveaux écrivains sud-américains.

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