A la Colonie disciplinaire, Franz Kafka

Deuxième tome de la réédition, datant de 1998, des nouvelles de Kafka par les éditions Acte Sud dans leur collection de poche Babel, A la Colonie disciplinaire regroupe des textes publiés du temps de la vie de l’écrivain (1919 à 1924). Pour qui l’aurait oublié, Kafka était génial. La description d’une « machine un peu particulière », qu’un officier, désormais seul à défendre une justice qui ne donne à l’accusé aucun moyen de défense, ne l’informe pas du chef d’accusation et le condamne à mort sans le prévenir du verdict, pour l’exécuter sans autre forme de procès grâce à un engin de torture d’un genre tout à fait inédit, présente à un enquêteur étranger venu observer ce qui se passe dans une colonie disciplinaire d’un pays qui n’est pas nommé, donne lieu à une nouvelle à l’intrigue surprenante de bout en bout. C’est l’autre (un autre) versant du roman inachevé Le Procès. Le vrai condamné de la nouvelle est d’ailleurs la machine elle-même. Le commandant qui l’a inventée et l’a mise au centre du système judiciaire de l’île où elle est utilisée est mort. L’officier qui l’utilise se heurte à un nouveau commandant qui n’est pas favorable à cette justice-là, il joue sa dernière carte pour faire survivre la création de son chef aimé, et son statut de juge, en même temps que de bourreau. A vous de découvrir le reste de l’intrigue.

Le recueil comporte quelques autres joyaux de l’art de la nouvelle que Kafka a porté à son paroxysme : Un Médecin de campagne, Ce qui tracasse le Père de famille (le fameux Odradek, célébré par Vila Matas, ce grand défenseur de la littérature et de ses écrivains les plus dignes d’intérêt), Compte rendu pour une académie (rédigé de la main d’un singe qui s’est vu dans l’obligation de se transformer en homme, le mouvement inverse de la Métamorphose), Première Souffrance (un trapéziste qui fait le choix de ne plus jamais descendre de son trapèze, dont Le Baron perché de Calvino a sans doute dû quelque peu s’inspirer), Un artiste du jeûne (la triste histoire d’un jeûneur professionnel à une époque où son art finit par ne plus intéresser les foules), parmi d’autres textes de haute volée, est la sélection que je vous propose de cette relecture. Rien d’autre à faire que lire et relire les textes de cet auteur à la vie et la trajectoire artistique un peu particulières, pour en rester chaque fois pantois et admiratif. Sans oublier de dévorer tout ce qui a pu s’écrire sur lui, bien souvent aussi passionnant que son œuvre – rien d’anormal à cela, son œuvre a inspiré ces essais. Alors, allez-y les ami-e-s, lisez Franz Kafka !

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