Chimère, Emmanuelle Pireyre

Le dernier livre d’Emmanuelle Pireyre, comme les précédents sans doute, rejoint l’appel de Sophie Divry, Aurélien Delsaux et Denis Michelis pour un roman contemporain qui nous parle, sans renier la fiction, et sans vouloir faire dans le réalisme des grandes problématiques de l’époque actuelle. L’autofiction – sur laquelle nous ne nous attarderons pas – et le roman historique mis sur la touche, en ce qui concerne la question de la création d’une grande littérature contemporaine, le roman souhaité par Divry et une quinzaine d’auteurs de sa génération est-il en passe d’apporter au lecteur exigent une satisfaction de sa soif légitime de grands textes ? A la lecture de Trois fois la fin du monde, de Divry, et de Chimère, de Pireyre, et en les comparant aux œuvres des maîtres du XXe siècle, comme celles de Kafka, Walser et Beckett, par exemple, et pour ne pas rendre la liste exhaustive, nous répondrons à cette question, hélas, par la négative. En effet, il ne suffit pas de reprendre et appliquer les théories de Kundera sur le rapport du roman et de l’expérience humaine dans « le piège qu’est devenu le monde » pour signer de grands livres. Chimère est peut-être la preuve que non, cela ne suffit vraiment pas. « L’une des caractéristiques essentielles du roman est de refléter quelque chose de notre société contemporaine » dit Divry dans son essai très intéressant Rouvrir le roman. Le dernier opus de Pireyre ne s’en prive pas : Europe, OGM, manipulations génétiques en tous genres, politique sont au rendez-vous et le reflet qui y est donné d’une Europe si lointaine de ses citoyens peut donner à réfléchir. Divry, toujours elle, regrette aussi dans le même essai que rares sont « les auteurs qui aiment à creuser la voix du comique tout en « ne lâchant rien » littérairement sur leurs exigences ». Elle affirme également que « le comique est un ferment intellectuel majeur dans la création artistique », nous rappelant que Rabelais, Diderot, Molière, Shakespeare, Cervantès, Swift et Aristophane savaient faire rire leurs lecteurs. Et leurs chefs-d’œuvre, pensons à Jacques le Fataliste, pour n’en citer qu’un, traversent les siècles et trouvent peu de textes dans la production actuelle digne de leur grandeur. Chez Pireyre, l’humour est omniprésent, comme dans ses performances d’ailleurs. Un humour léger et plein de détachement, nous semble-t-il. Mais en refermant Chimère, lu sans déplaisir, mais aussi sans passion, nous serions prêts à parier que dans un siècle, ce roman qui nous parle d’aujourd’hui avec un sens certain du comique et de l’humour sera déjà oublié. Nous vous invitons donc à le lire toutes affaires cessantes pour vous faire votre propre opinion sur ce sujet, car bon nombre de lecteurs de ce dernier livre d’Emmanuelle Pireyre ne seront sans doute pas d’accord avec cette courte critique, tant le ton de l’auteure peut plaire. En l’achetant, vous aiderez par ailleurs une maison d’édition qui mérite sans doute un coup de main des lecteurs, Les Editions de l’Olivier. Alors, bonne lecture quand même.

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