Le Discours vide, Mario Levrero

Mario Levrero est un auteur uruguayen mort en 2004, à l’âge de 64 ans. Son œuvre (et son nom, sans doute) est mal connue en France. Le Discours vide, un livre de 1996, est publié par Notabilia. C’est un texte étrange, un roman qui se cache sous la forme d’un journal de l’auteur. Mais un journal particulier, puisque le narrateur le présente comme le journal d’une discipline de calligraphie quotidienne, autant que faire se peut, adoptée pour modifier sa personnalité et aller vers un mieux-être psychosomatique. Il en parle comme d’une autothérapie. Ecrire mieux pour aller mieux, en somme. L’humour n’est pas absent de cette histoire : « Je dois calligraphier. Il s’agit de ça. Je dois permettre que mon moi s’accroisse grâce à la magique influence de la calligraphie. Grande écriture, grand moi. Petite écriture, petit moi. Belle écriture, beau moi. » C’est aussi simple que ça.

Dans cette histoire (dont le contenu comme le contenant sont clairement qualifié par le titre du roman), la famille de l’écrivain (sa femme et son fils) jouent un rôle déterminant, tout comme le chien dont les aventures nous sont narrées par le menu. Cet entourage semble « nuire » à l’épanouissement de l’homme, en l’empêchant assez systématiquement de se consacrer à lui-même et à sa discipline calligraphique. Levrero, personnage et narrateur du roman, se plaint régulièrement de ses irruptions dans son « travail ». Quant au chien, auquel il consacre un temps certain pour essayer de lui faire découvrir la liberté, il dysfonctionne. En toile de fond, un travail régulier, et alimentaire, assez mal payé, qui lui est assuré par un journal de mots-croisés et, sur la fin du roman, un déménagement précipité, à l’initiative d’Alicia, l’épouse, et qui réveille la névrose de l’écrivain.

L’ensemble du livre se lit comme ce qu’il est, un journal qui joue sur la vacuité du langage et du discours sur la discipline et le quotidien du personnage, un discours vide. C’est très réussi, même si la quatrième de couverture de Notabilia nous semble un peu excessive quand elle évoque l’audace, la drôlerie irrésistible ou l’humour dévastateur teinté d’érotisme, autant d’arguments qui, certes, sont vendeurs mais peuvent paraître outrés. Il n’en reste pas moins que, présenté comme un livre qui ouvre idéalement à l’œuvre de l’auteur, Le Discours vide nous a en effet donné envie de découvrir les autres ouvrages traduits en français de Mario Levrero, d’autant que la vacuité de la langue n’est pas sans concerner l’écriture que tente développer Brice Auffoy dans son roman en cours de finalisation.

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