L’Homme en arme, Horacio Castellanos Moya

On l’appelle Robocop, il vient d’être démobilisé, on est en 1991 à la fin de la guerre civile au Salvador, d’un corps d’élite du bataillon Acahuapa et il devrait se réinsérer dans la vie civile. Seulement, pour ce genre d’homme, qui a appris à obéir et à tuer, ce n’est pas chose facile. Il commence donc par de la petite délinquance, qui tourne rapidement mal :« Ça, vous l’avez fait avec les pieds, il faudra nettoyer vos dossiers » lui dit le major Linares qui l’embauche pour liquider l’état-major des terroristes, alors que la guerre est censée être finie. A partir de là, Robocop retrouve son vrai métier, qui consiste à appuyer sur une gâchette sans jamais se faire fumer. Seulement, en temps de paix, les règles sont moins claires, les trahisons nombreuses, et les changements d’employeurs se font sans décision du principal concerné, mais par obligation et avec pour seul objectif la survie. C’est ainsi que le sergent Juan Alberto Garcia va devoir changer de camp puis se retrouver embrigadé dans les troupes des cartels de la drogue, passant d’une action violente à une action ultra-violente, liquidant au passage le major Linares qui l’a fait travailler avant d’essayer de se débarrasser de lui comme dans toute bonne dictature sud-américaine (depuis un avion). La fin du livre est digne d’un film américain d’action, on évitera d’en dire plus.

Castellanos Moya réussit une fois de plus un tour de force. Ici, il s’agit de déployer une écriture féroce, cruelle, qui va au bout de la violence (comme dans Le Bal des vipères, l’humour en moins). Style très sec, rythme haletant, saccadé, qui va à l’essentiel et ne se détourne pas vers de l’analyse psychologique des personnages, à quoi bon, ils sont tous pris, faits comme des rats, et leurs actes ne se justifient pas par des choix ou des décisions, ils sont tous les objets d’une société qui déraille, d’un pays chaotique dans lequel le politique, le révolutionnaire et le mafieux sont étroitement imbriqués. L’auteur, menacé de mort à plusieurs reprises pour ses écrits est exilé et vit actuellement en Allemagne. Son œuvre hors-norme ne pourrait se lire que comme un ensemble, une « comédie inhumaine » comme la définit la maison d’édition qui nous offre les traductions de ces romans à part, et un début de lecture globale est suggéré au lecteur par un schéma qui met en relation certains opus de Moya, déjà publiés et dont, hélas, nous n’avons pas encore tout lu. « Il faudra un jour réunir dans l’ordre les romans de Castellanos Moya. Tout prendra sens. » a dit Philippe Lançon, qui prévient le lecteur de cette cohérence globale d’une œuvre qui nous échappe encore, même s’il est évident que chaque livre de l’auteur salvadorien est en soi un petit événement. Pour notre part, lire tout Castellanos Moya pour tenter de comprendre le fond de sa création est un acte de lecteur que nous avons fortement envie de tenir.

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