Solaris, Stanislas Lem / Solaris, Andrei Tarkovski

Unanimement plébiscité par les spécialistes de la SF, au rang desquels Ursula K Le Guin, Solaris de l’auteur polonais Stanislas Lem a été porté à l’écran à deux reprises, une première fois par le réalisateur russe Andrei Tarkovski, en 1972, puis par Steven Soderbergh en 2002. L’histoire en est la suivante : un psychologue russe, le Docteur Kelvin, arrive dans la station orbitale de Solaris, une planète qui passionne l’humanité par sa spécificité (elle est recouverte par un océan dont l’étude est rendue d’autant plus difficile que certains lui prête des capacités surnaturelles). Quand il entre dans la station, Kelvin y trouve deux savants visiblement très perturbés et, surtout, des présences humaines inattendues dans ce laboratoire spatial où il pensait revoir Gibarian, avec qui il a travaillé dans sa jeunesse, mais qui s’est suicidé le matin de son arrivée… Très vite, Kelvin voit apparaître dans sa chambre la femme qu’il a aimée dans sa jeunesse, et qui s’est suicidée à la suite d’une fâcherie et de la rupture que lui impose le jeune étudiant.

Le roman et le film diffèrent par leur ouverture : le livre commence sur Solaris et ne se passe à aucun moment sur terre, le film commence sur terre, dans une datcha qui ressemble à celles que Tarkovski montrent dans ses films et qui seraient les répliques cinématographiques de celle du grand-père du réalisateur ; mais aussi par leur dénouement : dans le livre, Kelvin décide de rester sur la planète à l’océan pensant, dans le film, il fait le choix de rentrer sur terre – ce n’est pas annoncer la fin que dire cela, l’essentiel étant dans la dernière image de la planète que nous ne révèlerons pas ici. Dans un cas comme dans l’autre, la toute fin des deux oeuvres est une pure réussite. Tarkovski n’est pas amateur de science-fiction, contrairement à ce qu’on pourrait penser (Stalker, Solaris) et il a besoin de faire commencer son Solaris sur la terre pour s’éloigner du genre, dit-il (est-ce suffisant ?). De ce point de vue, le livre se montre bien plus efficace (un premier chapitre qui nous plonge d’emblée dans l’intrigue et de façon très réussie), là où le film tarde au démarrage. En revanche, le livre, au cours de son déroulement, ennuie parfois, par des longueurs dignes du scientifique qu’était Lem, qui se complaît dans de longs paragraphes (presque un chapitre entier y est consacré) s’attardant sur la littérature scientifique et les innombrables contributions de savants de tout poil à l’étude controversée de la planète et de son océan, là où le film s’en tient à la vie à bord de la station, aux relations de Kelvin et du Docteur Snaut (un cybernéticien), mais aussi avec le physicien Sartorius, à la relation amoureuse de Kelvin et de Harey (enfin, de son avatar) et aux hypothèses contradictoires des trois hommes sur cet océan qui leur envoie des visiteurs correspondant à leurs souvenirs ou aux fantasmagories de leur inconscient. Comme toute oeuvre de science fiction, Solaris est en effet une réflexion sur l’homme, sur notre monde, doublée ici d’une réflexion sur la psyché humaine, liste non exhaustive, tant la richesse des thèmes abordés par Lem comme par Tarkovski est impressionnante (la création, les rapports de l’homme et de formes de vie extraterrestre, etc…).

On retrouve dans le film, des images à la Tarkovski, qui aime à filmer les masses liquides, les fluides, la végétation aquatique, dans des plans esthétiquement forts, et, dans ses images de la planète, il tourne des plans dignes de 2001, Odyssée de l’espace, auquel les Soviétiques souhaitaient donner une réponse (Solaris sera justement considéré par le pouvoir russe comme cette réponse). Il y a, avec Stalker (1979), des thèmes communs : un espace qui a sa propre vie et des règles auxquelles les hommes doivent bien s’adapter, un espace qui matérialise les désirs les plus profonds des hommes, par exemple. Mais malgré toutes ses qualités (au premier visionnage, j’avais été fasciné par Solaris), le dénouement tarde à venir et j’irais même jusqu’à dire que la dernière partie du film m’a agacé cette fois-ci. Ce n’est clairement pas le meilleur film du génial Tarkovski et cela n’a rien d’étonnant, puisqu’il l’a réalisé pour répondre à une commande, et que le genre ne l’intéressait pas. Pour le livre, même s’il a ses défauts, cités ci-dessus (sans parler du personnage de Kelvin qui, dans la relation amoureuse, est d’une immaturité navrante, qui ne sert ni le personnage ni l’intrigue), il ne lasse jamais totalement le lecteur et il mérite amplement la réputation qui le précède dans le petit monde de la Science Fiction. Dans tous les cas, vous pouvez sans hésiter lire et voir Solaris, Lem et Tarkovski ayant chacun un univers plus qu’intéressant à découvrir.

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