Augustin Mal n’est pas un assassin, Julie Douard

Aujourd’hui, j’ai la flemme d’écrire un compte rendu de ce petit roman publié par POL, mais coup de chance extraordinaire, dans le dernier numéro du Matricule des anges (consacré à l’écrivaine Hélène Bessette), Chloé Brendlé l’a lu et en fait un petit commentaire page 32. Rassurez-vous, je ne vais pas vous planter là en vous conseillant d’acheter Le Matricule n°214 pour lire cette chronique. J’ai la flemme d’écrire, mais pas de taper un texte qui, coup de chance extraordinaire, n’est pas très long. Allons-y donc…

« Du constat qui lui sert de titre, ce livre propose une démonstration aussi imparable que grinçante, Augustin Mal, donc, n’est pas un assassin ; la preuve, ce n’est pas lui qui a zigouillé le caniche du voisin, et ce n’est pas la mort qu’il fera subir à Gigi, la femme convoitée. » Je me permets un premier commentaire personnel : je ne saurais pas dire mieux, cette critique littéraire commence juste comme il faut. Reprenons… « Augustin ne va pas si mal donc même s’il se souhaiterait plus mâle. Augustin serait presque bien sous tous rapports. Deuxième commentaire personnel : c’est vrai. Et le jeu de mot sur le nom de famille du personnage est de bon aloi. « Ecoutons-le plastronner à l’aube de son monologue : « Moi, j’aime la familiarité. Surtout la mienne car elle est sans vulgarité. Cela tient peut-être au fait que je suis très propre. » Commentaire personnel n° 3 : j’ai vérifié, c’est bien écrit comme ça, au tout début du livre, page 8. « Il ressemble à ce voisin un peu collant à qui la distanciation sociale ne dit rien ,à ce toqué toujours prompt à identifier les tares des autres, à quelque élucubrateur du dimanche ; bref, il ne doute de rien. » Commentaire personnel n° 4 : très bonne description du personnage principal du roman Augustin Mal n’est pas un assassin. « Le lecteur, lui, se demande assez vite s’il faut prendre les maux qu’il devine au sérieux : une fixette étrange sur les dents, un imaginaire porté sur l’animal (du caniche à la truie en passant par l’incongru dauphin), des « ombres de ressentiment » envers la gent féminine. » Commentaire personnel n° 5 : je m’insurge contre cette affirmation qui prête au lecteur des intentions que je ne reconnais pas dans ma propre lecture du texte, je ne me suis pas posé la question que se pose, selon Cholé, le lecteur (hors j’ai lu ce roman, pour une fois, car il est très court ! )

« Le (je viens de faire un saut de paragraphe, car dans Le Matricule des Anges la mise en page de la critique est exactement celle-là, et je tiens à être fidèle au texte et à ne pas en trahir le contenu, ni la forme) quatrième roman de Julie Douard se lit d’une traite, du rire à l’effroi. » Commentaire personnel n° 6 : Bien vu, j’ai en effet lu ce roman (95 pages) d’une traite, encore que c’est une façon de parler puisque je l’ai lu en deux jours. Le rire et l’effroi n’ont pas approché de mon esprit, mais c’est un détail. « Comme dans ses précédents récits, cette professeure de philosophie manipule euphémismes et assertions bien articulées pour décrire une réalité rien moins que sordide. » Commentaire personnel n° 7 : je n’aurais pas eu l’idée d’écrire cette phrase si j’avais eu le courage de me lancer dans une chronique du roman Augustin Mal n’est pas un assassin, car je n’ai pas lu les précédents récits de Julie Douard, de plus je ne savais pas qu’elle était professeure de philosophie et les euphémismes et assertions bien articulées ne font pas partie de mon bagage théorique. « L’éloge de la promiscuité à la piscine (ô les piscines !) nous fait rire en plein métro, tandis qu’une scène de lecture de roman Harlequin atteint le summum du glauque. » Commentaire personnel n° 8 : J’ai dû m’assoupir pendant ma lecture du roman Augustin Mal n’est pas un assassin, car je n’ai aucun souvenir de la lecture du roman Harlequin, en revanche je garde un vague souvenir de l’éloge de la promiscuité à la piscine. « Julie Douard met en scène avec une efficacité certaine l’engrenage du déni et les distorsions possibles du réel chez une conscience livrée à elle-même. » Commentaire personnel n° 9 : pas de commentaire personnel.  » Le portrait qu’elle dresse est celui d’un homme inadapté mais touchant, perdu mais terrifiant, qui pourrait être n’importe qui mais fait n’importe quoi, un homme qui ne se reconnaîtrait pas du tout dans les accusations imprimées qui fleurissent sur nos murs, et pourtant. » Commentaire personnel n°10 : Augustin Mal ne m’a pas touché, mais je confirme qu’il est inadapté, je me suis attaché à lui, parce que j’ai aimé le discours complètement délirant qu’il tient sur le réel, que j’aime les personnages décalés. Par ailleurs, la référence à Rémi Gaillard (Faire n’importe quoi pour devenir n’importe qui), même s’il est montpelliérain et que Le Matricule des anges a sa rédaction dans la ville héraultaise, me semble un brin facile. Par contre, je me sens un peu bête, car je ne vois pas de quelles accusations imprimées qui fleurissent sur nos murs (peut-être s’agit-il de murs Facebook, je ne sais pas) dont parle pour conclure sa critique Chloé Brendlé. Mais ce n’est pas très grave, car du coup, maintenant que j’ai fini de recopier sans vergogne la critique du Matricule des anges, l’envie de chroniquer Augustin Mal n’est pas un assassin m’est enfin venue. Reprenons…

Augustin Mal n’est pas un assassin (ici commence mon texte personnel : si Chloé a un blog ou découvre mes commentaires personnels sur sa critique par une autre voie, je l’invite bien sûr à me faire parvenir ses commentaires personnels sur mon compte rendu, que je reproduirai sans barguigner dans le corps du texte) est un court roman (95 pages) que j’ai lu avec un plaisir indiscutable, peu de temps après avoir lu Le Mobile de Javier Cercas et, c’est assez drôle, j’ai trouvé que les deux personnages, Alvaro (de Cercas) et Augustin (de Douard), ont quelques points communs. Ils sont tous les deux, disons-le clairement, un peu ravagés et portent sur leurs semblables un regard dans lequel l’empathie n’a pas sa place. Ainsi Augustin a-t-il une collègue qu’il surnomme « la truie », ce qui en dit assez long sur ses convictions en matière de féminisme, et il finit par enlever une jeune femme, Gigi, qu’il entraîne chez lui en la prenant par la main, puis qu’il drogue pour la faire dormir et qu’il viole (même s’il ne prononce jamais ce mot, puisqu’il se dit amoureux et qu’il prête à sa victime, endormie, des désirs à son égard) à plusieurs reprises sans oublier de la rendormir en lui faisant boire de nouveau un cocktail de médicaments. Pourtant, quand Augustin rencontre Gigi (c’est dans un groupe de parole où hommes et femmes parlent de leurs problèmes de couple ou de sexualité, et dans lequel Augustin s’est engagé, sans trop savoir quel groupe de parole il avait choisi, car il a envie de rencontrer des femmes, mais il a opté pour un groupe qui lui irait comme un gant s’il le prenait au sérieux), il n’a pas pour elle ce qu’on peut appeler un coup de foudre : « La première femme qui a pris la parole était, je regrette de le dire, vraiment moche. » C’est le style direct d’Augustin, on est page 56, on a donc déjà eu le temps de s’y habituer. Autre exemple du regard que porte Augustin sur les femmes, celui de la page 67, quand il rencontre la stagiaire de la cantine, dont il pense ceci : « Elle n’est pas trop vilaine hormis la texture de sa peau et ses cheveux teints en noir. » Il s’arrange pour la suivre dans le local à poubelles (« Elle a ouvert une grosse benne pour y mettre des sacs, et là, j’avais son derrière juste devant moi. ») et c’est à l’odeur insoutenable des lieux qu’on doit d’échapper à une scène qu’on n’a pas le temps de sentir venir (« Plus je m’approchais du fessier offert, et plus ça puait du fait qu’elle avait la tête dans la benne et qu’elle trifouillait je ne sais quoi comme s’il s’était agi d’un simple placard. J’ai bien failli la toucher mais, au dernier moment, ma main s’est repliée vers ma bouche en raison d’une faiblesse de mon foie et j’ai dû déguerpir. ») parce qu’à peine installée elle est évacuée. La conclusion d’Augustin est bien dans sa façon de penser des femmes : « C’était vraiment bête pare que, gentille comme elle est, je suis sûr que cette fille m’aurait laissé lui lécher le tatouage qui commence dans son cou et finit je ne sais où. » Avec les femmes, Augustin ne s’encombre pas de préliminaires inutiles, il se sert. Tout comme Arturo dans Le Mobile, qui a une relation sexuelle avec la concierge pour la manipuler et obtenir d’elle des renseignements sur les habitants de son immeuble, Augustin va à l’essentiel. Et tout comme lui, il n’hésite pas à espionner ses voisins, à les écouter en douce, mais si Arturo le fait pour nourrir les personnages de son livre et influencer la réalité de son propre entourage pour la tordre dans le sens de la fiction qu’il a imaginée et ne plus avoir qu’à la transcrire dans son livre, lui le fait sans raison, ce qui annonce rapidement le viol de la fin du roman : il entre donc chez sa voisine de palier, qui est descendue ouvrir à son compagnon, pour lui voler un slip (il les collectionne), et en profite pour visiter rapidement son appartement (commentaire : « Je lui ai donc rendu une très courte visite. J’aurais certes préféré la faire en sa compagnie, mais elle est si malpolie et si peu civilisée qu’il y a fort à parier qu’elle ne connaît pas le sens des visites de bon voisinage. », tout est là dans le portrait que fait Julie Douard de son Augustin, c’est le discours type d’un pervers narcissique qu’elle offre à son lecteur, sans à aucun moment se laisser aller à un commentaire personnel sur l’affreux jojo et ça marche du feu de Dieu !) ; il se cache, déjà, dans le local à ordures (c’est avant la scène avec la stagiaire de la cantine) pour épier une altercation entre la concierge de l’immeuble et un voisin d’immeuble.

La différence essentielle entre Le Mobile et Augustin Mal n’est pas un assassin, ce qui fait qu’hélas (selon moi, et cela n’engage que moi) la nouvelle de Cercas est faible, alors que le roman de Julie Douard est une petite pépite, c’est le choix de la personne pour la narration (3e personne pour Le Mobile, 1ère personne pour Augustin Mal n’est pas un assassin) et la capacité de l’écrivaine à tenir du début à la fin de son texte un discours direct qui ne laisse cours à aucun autre commentaire que ceux du narrateur-personnage. Tout en contradictions, accusant les autres des tares et des vices qu’on observe en lui et qu’il pourrait éventuellement se reprocher, d’une naïveté réjouissante sur lui-même, au point que quand il se pose la question, à la fin du roman, de sa propre remise en cause et de ce qu’il pourrait changer pour s’améliorer, il ne voit finalement rien ou si peu de choses qu’il ne vaut pas la peine d’en parler. Oui, pour ces raisons-là, Augustin Mal n’est pas un assassin est une belle réussite et sa lecture jubilatoire.

PS : Bien que n’ayant pas lu les premiers textes de Julie Douard, son féminisme ne fait aucun doute (elle a écrit Usage communal du corps féminin, ce qui laisse penser que le thème de l’exploitation des femmes est assez présent dans son œuvre) et elle fait mouche d’un point de vue militant en livrant un roman dont le narrateur est au moins misogyne, pour ne pas dire mieux, sans à aucun moment chercher à livrer au lecteur une pensée prête-à-porter, sans lui dire ce qu’il doit penser d’Augustin Mal. Le titre du roman, comme le texte qui le suit, est de ce point de vue un petit bijou. On reviendra à Julie Douard, c’est promis.

PS bis : Je me mords les doigts d’avoir eu la flemme de rédiger moi-même la critique de l’excellent roman Augustin Mal n’est pas un assassin, car je me suis vraiment donné beaucoup de travail en tapant l’article du Matricule des anges, alors que pour finir, sur ma lancée, j’ai écrit mon propre texte. C’était un peu idiot.

5 réflexions sur “Augustin Mal n’est pas un assassin, Julie Douard

  1. granmocassin

    Preuve est une nouvelle fois faite qu’écrire un texte sans l’avoir rédigé est bien plus fatiguant que de parler d’un livre sans l’avoir lu. Il y a des jours où même penser coûte et d’autres où l’on parvient sans peine à garder la tête vide. Ne rien faire et avoir un sentiment d’accomplissement, la quadrature du cercle.

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  2. granmocassin

    Oui, il faut rester poli. L’écrivain fantôme ou ghost writer en bon anglais pratique n’est pas aisé à dénicher, encore moins à capturer. Il faut, à ce que j’ai pu en lire (en recoupant diverses sources) le lier au lasso, par les pattes ou par le cou, puis le nourrir à la main pour qu’il se familiarise à vous (une chemise ou un vêtement qu’on a porté peut aider, il faut le laisser dans sa cage). Ensuite on l’encapuchonne pour qu’il soit noyé dans l’obscurité et quand on a besoin de ses services on lui ôte la capuche et on lui donne tout de suite un stylo et un cahier vierge. On peut dicter à haute voix, mais les meilleurs spécimen n’ont besoin que de quelques indications sommaires (thème, genre, type de narration, nombre de pages). Enfin à ce que j’en ai lu. J’en cherche un depuis de nombreuses années. J’avais quelques chances quand je vivais en région parisienne, où on les trouve à l’état sauvage. Mais dans le Sud… Peut-être. Avec le télétravail, les zones de pâturages ont pu être redistribuées. Bonne chance en tous cas dans tes recherches.

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    1. J’en ai vu un une fois. C’était dans les Cévennes, il y a vingt-sept ans. Il était indomptable. Plusieurs gars s’y était essayé et avaient pris des coups de sabot (dont un mortel). Moi j’avais préféré le prendre en photo et le regarder s’enfuir dans une châtaigneraie, au soleil couchant. Un spectacle d’une beauté rare. Quand j’ai tiré la photo, il n’apparaissait pas, alors que j’avais cadré impec ! Depuis, j’ai essayé d’en acheter un sur le darknet, mais c’est hors de prix, comme tu peux t’en douter. J’ai rencontré un Ukrainien qui en fait l’élevage, mais on m’a déconseillé ce genre d’arnaque. La plupart du temps, ils ne parlent pas notre langue, ou si peu. Quant à écrire, je te laisse imaginer. Bref, c’est pas simple. Il reste la location. Je pense me tourner vers cette solution…

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      1. granmocassin

        Si tu avais pu l’avoir en photo, tu l’aurais revendu aujourd’hui à prix d’or sur Catawiki. Quelle déveine! Les capteurs d’Iphone sont désormais plus puissants et captent même des images invisibles à l’oeil nu (orbes), mais c’est une autre époque. Le leasing pourquoi pas, mais tu risques de passer à la caisse. Quant aux Ukrainiens, évite de traiter avec eux. Je te déconseille aussi le Tchétchène, sauf si tu te lance dans le polar urbain, où ils excellent. Quoi qu’il en soit, que tu possèdes ou que tu loues, je lirais de ta prose (qui n’est pas la tienne) avec plaisir.

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