Le Voyage vertical, Enrique Vila-Matas

Mayol a soixante-dix sept ans. Lui qui a toujours régné sur sa femme et sa famille en patriarche autoritaire a la surprise d’entendre madame lui demander de sortir enfin de sa vie pour lui permettre de découvrir qui elle est. Le coup est rude, et s’il pense que la situation peut évoluer favorablement, il va devoir se faire à l’idée qu’il s’est trompé. Ce livre de Vila-Matas est surprenant. Car, en général, avec Vila-Matas, la littérature est le personnage principal du roman. Or, Le Voyage vertical met en scène un personnage inculte (son fils cadet, un artiste-peintre raté, lui en fait d’ailleurs le reproche). Le grand drame de la vie de Mayol est de ne pas avoir fait d’études : il avait quatorze ans à la fin de la guerre civile espagnole et a dû se mettre immédiatement au travail. Cela ne l’a en rien empêché de réussir sa vie, en créant une entreprise prospère, qu’il a transmise à son fils aîné, de faire un peu de politique – il est Catalan et nationaliste – et de fréquenter ainsi des hommes politiques dont certains l’ont intéressé. Hélas, ses meilleurs amis sont morts, il se retrouve à la porte de ses deux maisons, son fils aîné est en crise et lui avoue qu’il ne s’intéresse plus à son travail, sa fille a une relation adultère et son dernier n’est pour lui qu’un crétin prétentieux. Sur les conseils de ses « amis », pour lesquels il n’a que peu d’estime, Mayol va partir, afin de surprendre son monde avec sa disparition, car bien sûr, il va en profiter pour couper les liens avec sa famille. Le voilà donc en partance pour Porto, puis Lisbonne et enfin Madère. Il aimerait rencontrer de nouvelles personnes, mais s’aperçoit qu’il n’est pas très doué pour ça. C’est à Madère, qu’il va enfin rencontré du monde et commencer à s’intéresser à la culture et à la lecture. Je n’irai pas plus loin dans le résumé du livre, j’en dévoilerais l’essentiel. Quand Mayol s’intéresse enfin à la littérature, les écrivains favoris (certains, pas tous) de Vila-Matas reviennent : Flaubert, Claudio Magris, entre autres. Le plus drôle – écho romanesque à l’essai de Pierre Bayard, Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? – est que Mayol va participer à des réunions d’intellectuels qui parlent chaque jour de ce qu’ils viennent de lire et que, pour cacher son inculture, il va inventer un écrivain, inventer des lectures qu’il n’a pas eues, mentir effrontément pour continuer à fréquenter ses nouveaux amis. Et devenir l’ami d’un jeune homme qui lui proposera une aventure tout ce qu’il y a d’intéressant pour lui qui découvre l’univers des livres. Bref, vous l’aurez compris, une fois encore Enrique Vila-Matas réussit à subjuguer son lecteur avec ses thématiques favorites : crise existentielle, littérature, envie de disparaître, imposture, etc… Et, comme d’habitude, ça fait mieux que marcher très bien. Un petit régal de roman.

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