L’Iguane, Anna Maria Ortese

Découverte tardive d’une écrivaine italienne de très grand talent, avec cette lecture d’un livre étrange (et donc beau – le beau est toujours bizarre, comme disait l’autre), sorte d’ovni de la littérature mondiale. Le moins que l’on puisse en dire, c’est que forme et fonds y sont intimement liés, que l’intrigue suscite le même étonnement que le style. Don Carlo Ludovico Aleardi, un riche comte milanais, part en voilier pour l’Atlantique où il compte acheter une île, sur laquelle, en bon architecte, il pourra faire construire des maisons et continuer de faire fructifier le patrimoine familial que gère sa mère. En arrivant sur l’île d’Ocaña, il rencontre trois hommes qui l’accueillent dans leur maison et, surtout, une servante qui n’est autre qu’une iguane, douée de parole et d’un comportement assez proche de celui des humains. L’intrigue est annoncée dès les premières pages, quand parlant avec un ami éditeur, Borao Adelchi, qui lui demande de lui rapporter de son voyage un texte à éditer, pour vaincre la concurrence, car tout a été découvert, et il faudrait « quelque chose de bien primitif, et même de l’anormal ». Réponse du comte :  » Il faudrait les confessions de quelque fou, si possible amoureux d’une iguane. » Dès lors on sait où l’on va et on sait qu’Anna Maria Ortese ne jouera pas sur le suspens. Quant à sa phrase, elle se montre à la hauteur de l’étrangeté de l’intrigue, ciselée comme un diamant, développant un style unique (dont la traduction de Jean-Noël Schifano, qu’on peut considérer comme aussi précieuse que le texte original, donne une idée assez précise). Présenté ainsi par le traducteur lui-même en quatrième de couverture, L’Iguane est bien un livre »inouï », un « roman inclassable ». Inutile, comme il le fait à la fin de sa présentation, de le comparer à La Métamorphose de Kafka, même matinée d’Ile au trésor, il ne s’agit pas de cela. Ortese développe tout autre chose, un discours non manichéen sur le bien et le mal, un regard critique sur le monde capitaliste et l’argent, tout ça dans une histoire qui peut paraître a priori fantastique et ne l’est pas vraiment, tant elle y porte un regard unique la réalité de son époque et sur l’humanité dont elle se sentait si loin à la fin de sa vie, et sans doute au moment de l’écriture de son roman. Vous l’aurez compris, L’Iguane est un texte hautement recommandable, qui par sa différence, pourrait être rangé dans votre bibliothèque, même si les propos de ces deux livres et de ces deux auteures n’ont rien de commun, auprès du sublime Les Guerrillères de Monique Wittig. Deux objets littéraires géniaux et inclassables dont l’originalité et le statut mérité de chefs d’oeuvre pourraient justifier la proximité physique sur une étagère de bibliothèque.

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