Hotel by the river, Hong Sang-Soo

Dans un hôtel, près de la rivière Han, en plein hiver, un vieil homme, un poète, sent que sa dernière heure est proche. On se demande un peu pourquoi, parce qu’il semble en très bonne santé. Toujours est-il qu’il a convoqué ses deux fils, qu’il n’a pas vus depuis un moment. Quand ils le préviennent de leur arrivée et lui demandent le numéro de sa chambre (ils arrivent avec du café), il leur donne rendez-vous à la cafétéria et se refuse à leur ouvrir son intimité.

Parallèlement, une jeune femme à la main bandée occupe une autre chambre où elle attend une amie un peu plus âgée qu’elle, appelée à la rescousse. Quand celle-ci arrive, elle la rejoint dans sa chambre où il est question, tout en buvant un verre de vin blanc (presque tout est blanc dans ce film) d’une relation malheureuse avec un homme, avec une fin cruelle, une histoire pas complètement digérée pour l’une, et d’une relation écourtée par un drame, sans doute, pour l’autre. L’amie de la jeune femme délaissée est sans pitié pour cet ex-compagnon et pour les hommes en général, sauf pour celui qu’elle a aimé et dont on ignore comment il est parti (on imagine qu’il est mort). La jeune femme délaissée est plus douce quand elle évoque celui qui l’a quittée. Elle semble bien lui avoir pardonné. Elle n’en souffre pas moins.

Young-whan, le poète connu et reconnu à qui une femme de service demande de lui signer son livre (demande restée sans suite) et que les deux jeunes femmes du paragraphe précédent disent admirer, attend donc ses deux fils dans une salle de la cafétéria. Eux l’attendent en s’étonnant de son retard dans une salle voisine. L’aîné est un homme plutôt dur, qui continue d’appeler son frère par un surnom déplaisant qu’il lui a donné du temps de leur jeunesse. Son frère, bien plus sympathique, est un jeune réalisateur (connu lui aussi) qui évoque ses difficultés relationnelles avec les femmes. L’aîné, lui, cache à leur père qu’il vient de divorcer d’une épouse dont le vieux poète aime à se rappeler le bon souvenir. Les trois hommes ne se trouvent pas, le cadet cherche son père un peu partout, à l’intérieur comme à l’extérieur, le père vaque ici et là. On sent que la relation filiale est depuis longtemps rompue. Quant à la mère des deux frères, elle n’a jamais cessé de détesté Young-whan, ce qui ne semble pas l’émouvoir. Lorsqu’ils finissent par se trouver, le père qui songe soudain à un cadeau possible leur offre chacun une peluche, à leur image. Père absent, fils raté dit un proverbe psychanalytique. Il s’agit peut-être de cela…

Les deux groupes (hommes et femmes) ne se rencontreront pas. Seul le poète croisera les deux jeunes femmes : une première fois devant l’hôtel, dans la neige et le froid, pour leur dire et même leur répéter qu’elles sont belles, situation qui semble devenir gênante pour la plus jeune. Il n’a sans doute rien d’autre à leur dire, il est poète et la relation n’est pas son élément. Puis, dans une scène proche de la fin du film, au restaurant où il mange et boit (plus que de raison) avec ses deux fils, il s’invite à leur table, après avoir prétexté auprès de ses fils qu’il rentrera à pied, et se fait servir encore à boire, pour finalement avouer aux deux femmes, comme un hommage à toutes les femmes, qu’il peut mourir tant qu’elles sont là, une phrase qu’il n’aura pu prononcer devant ses deux fils.

Les hommes du film ne sont guère à leur avantage (le fils cadet a ma préférence dans la médiocrité), les femmes, elles, s’en tirent peut-être un peu mieux (encore que l’amie qui vient soutenir la jeune femme blessée est pour le moins rigide), ce qui n’exclut pas un certain ridicule qui s’exprime dans des réactions un peu infantiles quand elles parlent des pies qui font leur nid dans le froid hivernal, mais ce qui ressort du conte d’hiver de Hong Sang-Soo, c’est que la relation entre les deux sexes est condamnée à l’échec. Quant à la mort du poète, allez savoir si elle ne parlerait pas de celle que le cinéaste attend. Souhaitons-lui, avant qu’elle advienne, de ne pas avoir manqué ses rendez-vous avec les femmes et ses proches. Une chose est certaine : il n’a pas raté ce très beau film en noir et blanc, au cours duquel il épingle l’ambiguïté des hommes, leur absence d’empathie, leur maladresse et leur égoïsme. Jusqu’à la mort, et ce même quand il y aurait possibilité de réparer.

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