L’Anomalie, Hervé Le Tellier

A l’heure de confirmer dans cette chronique d’un livre que je n’ai pas aimé du point de vue du style que je ne l’ai pas aimé du tout, le manque d’envie d’écrire sur le sujet le dispute à l’ennui de m’en tenir à son intrigue. Il va sans doute falloir trouver une approche différente, une autre accroche pour lancer le texte et se débarrasser ainsi une bonne fois pour toute de ce roman enfin terminé dans une lecture qui n’a pas suscité mon émoi. Peut-être bien comme chaque fois qu’on me fait le cadeau du dernier Prix Goncourt, à l’exception peut-être de L’Amant de Duras. Bref, L’Anomalie est une espèce de roman qui se lit très vite pour la majorité des lecteurs, ce qu’ils recherchent peut-être avant tout. Un livre plein de références à une culture que je ne partage pas, celle des séries, celle d’une littérature grand-public (deviendrais-je snob en vieillissant ?… ou plus exigeant en lisant des auteurs de très grand talent, les deux peut-être, c’est bien possible) un peu facile, un livre qui si la nouvelle se confirme va vite devenir lui aussi une série (ainsi la boucle sera-t-elle bouclée). On nous parle évidemment de science-fiction quand on évoque L’Anomalie. Permettez à l’amateur de SF (même s’il n’en lit plus) qui a fréquenté les plus grands textes de ce sous-genre qui frise parfois le génial de sourire… Gallimard n’est pas un éditeur de SF et Le Tellier n’est pas Asimov (ni Van Vogt, ni M. Banks, liste non exhaustive). Il ne faudrait pas trop galvauder les genres littéraires ni pousser grand-père dans les orties. L’avion qui se dédouble, après avoir traversé un cumulonimbus, un thème de SF ? La bonne blague !

Mais nous y sommes. Le Tellier traite du thème du double, comme tant d’autres avant lui (lire Le Double de Dostoïevski, par exemple, et de préférence) et, idée plutôt intéressante, le traite chez plusieurs personnages à la fois (je ne sais plus combien, mais plus de dix). Mais du même coup, le livre s’ouvre sur douze chapitres (la première partie, moins deux chapitres, où il est un peu question du Boeing) qui passent en revue la vie des personnages qui vont tous, à l’exception de Miesel l’écrivain, se retrouver affublé d’un double. Situation initiale un peu longuette, et qui tire vite à la ligne. On se demande à quel moment on va en venir aux faits, d’autant plus que les vies qui nous sont narrées ne présentent pas toutes un grand intérêt. Le personnage de Blake, tueur à gages, traité dans le premier chapitre, passe encore ; celui de Victor Miesel, écrivain sans grand succès de ventes, mais qui fait avec sa médiocre notoriété, passe encore… Mais Lucie et André ne retiennent guère l’intérêt ; David, avec son cancer du pancréas, pas plus ; Sophia et sa famille, en particulier son père incestueux, j’en soupire ; Joanna l’avocate, passons… et Slimboy, le chanteur nigérian, qu’en dire ?… Quant à Markle, le pilote de l’avion, on se dit qu’il en fallait bien un, lui ou un autre… Et voilà la première partie pliée, l’avion posé dans une base de l’armée de l’air américaine, le livre va peut-être devenir palpitant. J’oubliais, nous avons fait la connaissance d’Adrian et Meredith, deux jeunes scientifiques américains qui ont donné naissance à un protocole improbable, le protocole 42 (en référence au Guide du voyageur galactique, série de cinq bouquins de SF « drôlatique » de Douglas Adams, une œuvre « culte » dont je ne suis pas un inconditionnel) qu’on n’aurait normalement jamais dû mettre en œuvre, mais qui peut répondre à la situation imposée aux passagers du vol AF006 Paris-New-York. La seconde partie, bien plus courte que la première narre la vie desdits passagers pendant leur enfermement dans la base militaire et l’organisation du protocole, mais j’ai vraiment la flemme de continuer à écrire sur ce « roman nécromant » (appellation de Laurent Dubreuil, pour qui le roman est mort et plus que mort). La dernière partie s’ouvre sur une fausse citation, de Victor Miesel, auteur d’un livre intitulé L’Anomalie (mise en abyme, quand tu nous tiens…) : « Aucun auteur n’écrit le livre du lecteur, aucun lecteur ne lit le livre de l’auteur. le point final, à la limite, peut leur être commun. » Tu l’as dit, Hervé.

Et c’est ainsi que prend fin cette fausse chronique, dont l’objectif était de dézinguer joyeusement ce bouquin, et que son auteur, piteux, ne termine pas, pris par une flemme incurable, coupable d’avoir déclenché la malignité d’un esprit doué pour la paresse… La troisième partie traite donc du thème du double. Le Tellier fait se rencontrer les paires, il y a un double meurtre (les Joanna) ; Miesel ne rencontre pas son double, celui du mois de mars s’étant suicidé (c’est encore lui le plus peinard) ; Blake de juin assassine le Blake de mars, il ne pouvait pas y avoir deux Blake, etc… jusqu’à une fin plutôt sympa, même si elle apparaît au bout du compte, là aussi, un peu facile. Le Tellier a, selon ses dires, écrit là un roman inhabituel pour lui, un best-seller, donc, et il s’est sans doute bien amusé. Tous les lecteurs ne pouvaient pas le suivre, même si une majorité d’entre eux trouvera son bouquin génial. Laissons-leur ce plaisir, que je ne partage pas. Fin d’une chronique on ne peut plus laborieuse, et pour tout dire bâclée, que rien ne vous empêche de déclarer nulle et non avenue…

4 réflexions sur “L’Anomalie, Hervé Le Tellier

  1. granmocassin

    Ben non, moi je l’aime bien cette chronique. Preuve est démontrée que l’on peut écrire une belle critique sur un mauvais bouquin. Je ne suis pas pour autant un adepte de la critique comme genre littéraire, Blanchot et Barthes entrent aisément au panthéon de mes écrivaillons détestés.
    Mais quand une critique est réussie, il faut savoir le souligner.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s