La Rose, substantifique moelle (7)

« Est-ce que je n’ai pas l’air d’avoir la folie des grandeurs, disait Titus, quand je raconte que ma mère était une souveraine et que des bandits m’ont enlevé, pour faire de moi l’un des leurs ? Or, je ne dis cela que pour faire joli, afin qu’on ne s’ennuie pas d’emblée avec moi. Si quelqu’un me demandait mon lieu de naissance, je dirais Goslar, bien que ce soit un gros mensonge. Jamais je ne fus gâté par ma mère, et je n’ai sans doute qu’à m’en féliciter. J’ai lu voilà quelque temps que Goslar serait ravissant dans sa robe printanière et, comme j’incline à la crédulité, j’ai bien volontiers accepté cette affirmation. Chez les brigands, j’ai appris la lessive, la couture, la cuisine, et à jouer Chopin, mais je souhaiterais qu’on ne prit pas cette déclaration trop à la lettre. »

Un portrait de personnage ambigu comme les affectionne Walser. « Est-ce que l’écrivain n’aurait pas le droit de jouer sur l’instrument des idées qui lui viennent avec autant de tranquillité que, par exemple, un musicien au piano ? » Autrement dit, en littérature tout est faux, inventé, imaginé. Surtout avec Robert Walser… « J’ai l »impression que je suis en train de fantasmer passablement, et je requiers l’indulgence. » Indulgence offerte de bon cœur !

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