La Rose, Robert Walser

Dernier livre publié de son vivant, et avant une longue période où Robert Walser va renoncer à l’écriture parce qu’il est interné en hôpital psychiatrique et qu’il n’éprouve plus le besoin ni l’envie de s’adonner à la création, La Rose est un recueil de courts textes, dont certains peuvent faire penser à des nouvelles (Manuel, L’Oncle, Le Singe, Eric, Perceval écrit à son amie…), d’autres à des notes de promenades (Promenade dominicale, Genève), d’autres encore à des notes de lectures (L’Idiot de Dostoïevski, De quelques écrivains et d’une femme vertueuse, Sacher-Masoch), mais aussi des textes de théâtre (les derniers du recueil). C’est d’ailleurs la surprise de ce livre, dans lequel on apprend que Walser aimait le théâtre, passion que nous ne lui aurions pas prêté, mais la page 4! l’annonce avec un très court texte , Premiers souvenirs de théâtre. Toujours surprenant Walser !…

Le recueil se lit, comme toujours chez Walser, avec plaisir. Les portraits de personnages, qui évoquent parfois son roman, Le Bavard, sont aussi au rendez-vous : Wladimir, le fragment qui ouvre le recueil (« Nous l’appelons Wladimir parce que c’est un nom rare et qu’en effet il était unique en son genre », incipit qui nous rappelle combien Robert Walser était lui-même un personnage hors-norme, délicat mélange d’écrivain, au succès public tout relatif, d’homme rural tirant vers le paysan, et d’homme humble et tendre, d’une douceur surprenante.), Manuel (« Quelque chose l’amusait ; cette façon d’être modestement planté là l’emplissait d’aise. »), Kurt (« Kurt était un grossier personnage, du moins était-il perçu comme tel. »), Un Garçon modèle, etc… Enfin, quelques rares textes, très courts évoquent certains fragments de Franz Kafka, peut-être parce que leur personnage central se trouve être un animal, mais aussi à cause de leur tonalité différente des autres textes du volume : Cheval et ours : « Un cheval comme ça, joliment lustré et harnaché, a le droit d’être fier. Quel être possède des jambes plus fermes ? On ne peut guère douter de sa noble démarche. » / « Comme l’ours est différent. Il n’est pas beau à strictement parler, éventuellement il est plutôt un peu comique dans ses mouvements patauds, il est agile et massif, on ne sait trop comment on doit le concevoir. » ; Le Singe : « C’est avec délicatesse, mais pourtant avec une certaine dureté, qu’il s’agit d’attaquer une histoire rapportant qu’un jour un singe eut l’idée de se précipiter au café pour y rester assis des heures durant. ».

Walser n’a pas connu le succès public de son vivant, on lui a parfois reproché d’écrire comme il le faisait, de ne pas jour le jeu de l’écrivains social, d’être en somme un peu trop lui-même, ce qui avait le don de l’agacer prodigieusement. En rédigeant cette rubrique, j’écoute la musique d’un autre artiste hors-norme, loin des standards du musicien de jazz, Thelonious Monk, avec sa voix unique et si différente, qui n’est pas sans faire penser, à sa façon, à Walser. L’un mérite d’être lu (et il l’est, son succès post-mortem se confirmant année après année, même si le grand public ne le connaît pas toujours), l’autre d’être écouté. Célébrons-les un court instant en les réunissant dans nos pensées pour les hommes d’un autre siècle qui méritent de ne pas tomber dans l’oubli.

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