Le tiers Temps, Maylis Besserie

Prix Goncourt du premier roman, Le tiers Temps est un roman qui nous narre la période de fin de vie de Samuel Beckett, qu’il passe dans une maison de retraite parisienne appelée Tiers Temps. Là, évitant soigneusement de se mêler aux autres pensionnaires, des vieux décatis, Beckett continue d’écrire, un peu, boit du whisky, chaque soir, jamais avant dix-sept heures, évoque ses vieux souvenirs de secrétaire de James Joyce, sa relation avec la fille de son mentor, les femmes, en général, Suzanne, sa femme, en particulier, sa mère, évidemment, son éditeur au éditions de Minuit, Jérôme Lindon, ses romans, Molloy en particulier, ses pièces, En attendant Godot, ses films, mais aussi sa maison d’Ussy, ses quelques amis sur place… en attendant paisiblement la mort, qui s’annonce discrètement, à travers des difficultés à marcher, puis tombe sur le vieux Beckett… mais nous n’irons pas plus loin dans l’évocation de la fin du texte.

C’est un drôle de défi que s’est lancé Maylis Besserie en s’attaquant à pareil sujet pour son premier roman. Car pour faire de Beckett le narrateur de son texte, encore fallait-il se montrer capable d’adopter un style qui fasse un tant soit peu penser à celui de l’écrivain irlandais, un style un peu sec, des phrases courtes, mais pas seulement, il fallait aussi rendre le caractère du bonhomme, dans ces monologues où il parle de la vie au Tiers Temps, des pensionnaires, oui, il fallait trouver un ton qui puisse paraître crédible et une façon de dire sa différence sans cracher sur l’humanité tout entière, une façon de faire qui évite le jugement, sans pour autant gommer du texte tout commentaire. Et si, dans quelques passages ici et là, on se dit, Non, Beckett n’aurait pas dit ça, ou écrit ça, dans l’ensemble le pari est tenu. Maylis Besserie nous rend son personnage et son narrateur crédibles. Samuel Beckett est bien là, qui nous parle et nous raconte une période de sa vie dont on a eu vent, mais qu’on n’a jamais imaginée. Un texte que les amoureux de Beckett auraient tort d’éviter.

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