Compartiment n°6, Juho Kuosmanen

Tiré d’un texte de Rosa Likson (même titre), le deuxième film du Finlandais Juho Kuosmanen n’est pas un huis-clos qui se déroulerait uniquement dans un train, même si la plus grande partie du film se passe là, entre Moscou et Mourmansk. Le personnage principal, une jeune Finlandaise, qui est venue à Moscou pour apprendre la langue, qu’elle semble bien parler couramment, se rend à Mourmansk pour y voir des pétroglyphes. Initialement, elle devait faire ce voyage avec son amante moscovite, la radieuse Irina, qu’on ne voit que pendant la première et très courte partie du film, qui se passe elle dans l’appartement d’Irina, un appartement bourgeois où la maîtresse de maison reçoit sans cesse des amis et anime, solaire, une dernière soirée durant laquelle elle présente sa merveilleuse amie finlandaise à la compagnie. Irina rit, est heureuse, semble amoureuse. Sa « merveilleuse amie finlandaise » semble bien moins à l’aise, s’efforce de faire bonne figure, n’est pas radieuse. La nuit vient, les deux jeunes femmes se quittent sans que leur relation en semble altérée. Irina s’excuse d’avoir dû annuler sa participation au voyage. Un travail inattendu lui est tombé dessus.

Dans le train, compartiment-couchette, notre jeune Finlandaise se voit affublée d’un jeune Russe au crâne rasé, qui s’avère rapidement vulgaire et déplaisant – scène malaisante où il demande à la jeune femme si elle « vend sa chatte » tout en lui posant la main où je pense pour se bien faire comprendre. Le voyage s’annonce agréable… De retour du wagon-restaurant où elle est partie s’isoler jusqu’au moment de la fermeture, Laura trouve notre Russ-tr-e affalé sur sa banquette, complètement saoul. La tablette est encombrée des déchets d’un repas bien arrosé. Le voyage va être long (le film l’est aussi, un peu…), rythmé par quelques arrêts dans des gares enneigées, quelques pauses clopes pendant lesquelles Ljoha, sur le quai, fume en s’agitant, nerveux et impulsif. Un soir, le train fait halte dans une ville perdue pour la nuit. Ljoha y connait une vieille dame (sa mère ?) chez qui il invite Laura à venir passer la soirée et la nuit. Refus de la jeune femme, incompréhension du jeune homme. Les deux se retrouvent un peu plus tard, à une cabine téléphonique où Laura, qui tente d’avoir Irina pour une courte discussion, en pure perte, est importunée de façon désagréable par un homme qui lui ordonne de lui céder la place. Ljoha tombe à pic et envoie le fâcheux se faire voir ailleurs. Laura accepte finalement l’invitation, monte dans la voiture – sans savoir encore qu’elle est volée. Chez la vieille dame, dans une campagne reculée, la soirée est magique. Ljoha va vite se coucher, les deux femmes échangent joyeusement, en abusant de la gnôle.

Retour au train, direction Mourmansk. les relations entre les deux jeunes gens sont désormais apaisées. Le voyage se poursuit jusqu’au terminus. On croit que le film touche à sa fin, et on n’en serait pas désolé. le temps se fait long. C’est alors que commence la troisième partie, plus longue que la première à Moscou. Il y a ces pétroglyphes et une romance à poursuivre… Bref, un film qu’on peut aller voir, il n’a rien d’insupportable et les personnages sont attachants. Mais l’intrigue est maigre, un peu cousue de fil blanc et on s’ennuie parfois, à cause des longueurs et du peu d’intérêt qu’a finalement cette histoire – la rencontre d’une jeune femme un peu perdue et d’un bougre très russkof, jusqu’au cliché. Les personnages secondaires sont secondaires – une contrôleuse, dans le train, un Finlandais qui passe un moment dans le compartiment n°6 avec ses occupants -, sinon la babouchka chez qui Ljoha a ses habitudes -, les personnages principaux ne sont pas passionnants, l’image n’est pas mémorable, la mise en scène non plus. On peut donc aussi se passer d’aller voir Compartiment n°6, que la critique n’a semble-t-il pas boudé. Enfin, faisons d’une pierre deux coups, vous pouvez surtout vous passer de voir le nouveau Dune, qui ne vaut guère mieux que la première version de David Lynch et auquel nous ne ferons pas l’honneur d’une chronique dans nos pages.

Une réflexion sur “Compartiment n°6, Juho Kuosmanen

  1. regardscritiquesho22

    « Compartiment N°6 » de Juho Kuosmanen…
    A priori je pensais qu’il s’agissait d’un film russe. Ben, non, il s’agit d’un film finlandais…
    Mais quel beau film, quel film sympathique, quel film agréable à regarder, quel film émouvant en même temps que plein d’humour que ce « Compartiment N°6 »! Bref, une vraie pépite! On adore se laisser aller dans ce road-movie improbable!
    Une jeune archéologue finlandaise rompt apparemment ses amarres autant géographiques que sentimentales et prend le train pour faire le long voyage entre Moscou et Mourmansk, pour aller voir des pétroglyphes. Problème, elle doit partager son compartiment avec un prolo, qui se rend au même endroit, mais lui pour un boulot à la mine!
    Evidemment, les deux personnages, aux antipodes l’un de l’autre, après quelques étincelles mémorables, vont apprendre à cohabiter, mais aussi à se connaître, à s’apprivoiser, et ce n’est pas triste! Le prolo est brut de décoffrage, ours mal léché, et pas disposé à faire la moindre concession, à la limite de la délinquance parfois et qui se laisse porter par la vie sans trop se poser de questions. La jeune femme, elle, est une intellectuelle, mais qui aime aussi à se laisser porter par les événements et par un tempérament toujours incroyablement optimiste. Seul trait commun, les deux personnages sont deux belles personnes, très humaines, sans violence aucune et, évidemment, ce voyage va les voir petit à petit évoluer. Ce road-movie, qui se passe dans le train, mais aussi à l’extérieur, va leur permettre de faire des rencontres parfois drolatiques et on suit toujours avec un énorme plaisir les différentes péripéties de cette quête des pétroglyphes, métaphores virtuelles, mais un peu désespérées, de leur recherche d’un sens à leur vie.
    Le film est toujours très drôle, avec un humour souvent décalé. C’est très agréablement filmé, même si le voyage de Moscou à Mourmansk se passe dans les couleurs les plus sombres, jusqu’à ce bout du monde, au bord de la mer, dans le « trou du cul du monde » comme le dit le mineur. Bref, un très beau film sur une rencontre probablement sans lendemain…

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