Mers et rivières, Andreas Müller-Pohle

Dans le cadre d’un début d’année consacré à l’eau, le Pavillon Populaire de Montpellier consacre au photographe allemand Andreas Müller-Pohle (après la première exposition Eaux troublées du photographe canadien, Edward Burtynsky, qu’il resterait à chroniquer ici…) une exposition troublante, entre documentaire et photo d’art, entre malaise et émerveillement. C’est au début du siècle que Müller-Pohle a commencé à photographier l’eau dans le monde, ne relâchant pas ses efforts dans des projets qui l’ont mené à Hong-Kong, et dans les territoires nouveaux, en Europe, en consacrant au Danube une série sur laquelle nous reviendrons plus loin, et à Kaunas (Lituanie), où deux rivières (l’une masculine, le fleuve Niémen, l’autre féminine, la Néris) confluent.

L’eau apparaît dans ces trois reportages, tous présentés au Pavillon Populaire, en grand danger. L’élément numéro un de notre planète dite bleue est malade, aussi bien que l’air ou la terre. Le responsable est l’homme, nul besoin de le préciser, ce qui saute aux yeux dans la série consacrée au Danube (datée de 2005), dont le photographe a fait un portrait exhaustif en le suivant dans tous les pays où il passe (Allemagne, Autriche, Slovaquie / Hongrie, Croatie, Serbie / Bulgarie / Roumanie, soit quatre voyages au total, parqués ici par l’usage du slash) : au bas de chacune des photos exposées, sur une ligne sans autres commentaires, les taux de nitrate, de phosphate, de potassium, de cadmium, de mercure, de plomb relevés dans chacun des lieux où sont prises les photos, après analyse des échantillons prélevés par Müller lui-même. Voilà pour l’aspect documentaire de la série, qui glace le sang, attriste le spectateur et donne à penser bien mieux et bien plus que tous les commentaires que l’artiste aurait pu proposer sur la situation chimique du fleuve. Mais, et c’est là où l’exposition peut provoquer une certaine forme de malaise, les photographies, toutes prises selon le même procédé, sont d’une beauté et d’une poésie qui subjugue le regard. Le photographe s’immerge avec son matériel dans tous les sites qu’il souhaite photographier, et œuvre à flanc d’eau, ce qui a pour résultat de proposer des clichés dans lesquels terre et eau sont présent (50/50, mais pas systématiquement) et de convoquer le hasard, en fonction des vagues au moment du clic. On est pris entre émerveillement devant la nature hautement artistique des œuvres et la petite ligne du bas, qui nous rappelle que la planète est en grand danger, qui nous invite à assister intellectuellement à la catastrophe. Cette opposition entre les deux aspects des clichés consacrés au Danube, fleuve mythique s’il en est en Europe, est une pure réussite, qui provoque chez le spectateur un double sentiment quasi schizophrénique.

Le projet consacré à la confluence de Kaunas est beaucoup moins angoissant que le précédent. Réalisé en une semaine par l’auteur lors d’une résidence d’artiste en 2017, il propose des clichés à l’atmosphère bucolique la plupart du temps, Kaunas étant une bien petite ville. Les rives des deux rivières sont naturelles et, comme le dit Müller-Pohle, « Les scènes de nature et les images de paysage intact sont donc les motifs dominants de ce projet ».

Enfin, le reportage consacré à Hong-Kong et aux nouveaux territoires (2009-2010) a été inspiré à l’artiste par sa fréquentation des lieux durant de nombreuses années, un lieu dont il dit qu’il le fascine. c’est cette fois le portrait d’une ville, « une ville d’eau confrontée depuis des décennies à la hausse permanente du niveau de la mer, et où l’élément aqueux représente à la fois la vie et une menace ». les photos sont, là encore, merveilleuses et surprenantes. On sort donc de cette exposition marqué par la qualité du travail d’un photographe qu’on ne connaissait pas encore, persuadé d’avoir eu de la chance de découvrir cette œuvre, à travers trois projets différents, et sur une période de vingt ans. Seul petit bémol, l’aspect très répétitif du procédé photographique mis en œuvre par Andreas Müller-Pohle, qui donne des clichés qui sont très semblables, même si les lieux sont divers et variés. (Pour voir quelques clichés de cette exposition, voir page Photographie du blog)

2 réflexions sur “Mers et rivières, Andreas Müller-Pohle

    1. Si tu y vas, tu ne seras pas déçu ! Comme bien souvent au Pavillon Populaire de Montpellier (entrée gratuite, comme à La Panacée de Montpellier… La mairie nîmoise pourrait prendre exemple sur ses voisins héraultais, il y aurait peut-être un peu plus de monde au Carré d’Art, musée que beaucoup de villes nous envient en France et où, chaque fois que je m’y rends pour voir une expo, il n’y a pas un chat ! Mais, bon, la culture, avec la droite, c’est pas une confiture qu’on offre à n’importe quel cochon de la masse populaire, on réserve ça à une caste, à une classe qui peut s’offrir le meilleur en sortant un billet de son porte-feuilles).

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