Nos Âmes d’enfants, Mike Mills

Johnny, que sa compagne a visiblement quitté, n’a pas d’enfant. Il sillonne le pays pour interviewer des adolescents sur leur vision de l’avenir, leurs relations avec leurs parents, leur pays et tout ce qu’ils peuvent vivre au quotidien. Il a une soeur, pas vue depuis le décès de leur mère, depuis un an. Jusqu’à ce qu’elle l’appelle pour lui demander un service un peu délicat : garder son fils de neuf ans, Jesse, pendant qu’elle s’absentera pour voler au secours du père de Jesse, dont elle est séparée, musicien ou chef d’orchestre qui s’installe dans une nouvelle ville et est en crise (paranoïa ou psychose proche). Johnny accepte, même s’il craint, et à juste titre apparemment, de ne pas avoir les clés pour s’occuper d’un jeune garçon qui l’a sans doute oublié depuis un an, et vu son jeune âge. Johnny accepte pourtant.

Le film s’ouvre sur des paroles de jeunes gens qui se confient au micro de Johnny, puis vient l’image. Elégance du noir et blanc : un choix esthétique qui va servir les scènes de rue, à New-York en particulier, à La Nouvelle Orléans, mais qui va surtout servir le propos du film, le ton du film, sa sobriété dans le traitement des sentiments, des émotions… Importance du son durant tout le film : l’intrigue, la rencontre d’un homme qui n’a que peu d’expérience dans l’éducation d’un enfant et d’un enfant justement, dont on peut se demander s’il est précoce ou s’il porte en lui l’héritage psychologique de son père, ou les deux à la fois, l’intrigue donc est entrecoupée de nombreux et fréquents extraits des interviews que réalise Johnny ; Jesse, à qui son oncle prête son matériel d’enregistrement, est filmé dans la ville, prenant des sons urbains avec un plaisir et une sensibilité visibles. Importance des dialogues, la rencontre passant essentiellement par la parole, le débat, la discussion, voire la dispute, moments de communication intense durant lesquels et l’enfant et l’adulte apprennent beaucoup – on peut même penser que c’est sans doute l’adulte qui apprend le plus.

La mère, qui était censée revenir rapidement, doit prendre en charge son ex-mari jusqu’à lui faire accepter d’entrer pour une durée supposée brève en Hôpital Psychiatrique. Elle ne peut pas revenir immédiatement. On comprend qu’elle ne le laissera pas seul avant qu’il soit « remis sur pieds ». Johnny, qui doit se rendre à New-York pour son travail, arrive à la convaincre que Jesse va l’accompagner, et la rencontre se fait plus intense. L’adulte fait des erreurs, l’enfant n’est pas toujours facile – la situation que lui imposent malgré eux ses parents n’est pas facile. Le chapitre new-yorkais est d’une beauté formelle remarquable (scènes de rue filmées remarquablement), le jeu des deux acteurs principaux (Joaquin Phoenix, impeccable en Américain solitaire et attendrissant, et le petit Woody Norman, extraordinaire) est d’une qualité qui atteint des sommets. Il en va de même pour le chapitre de fin tourné à New-Orleans. Le thème, prisé par le cinéma américain, je pense en particulier au génial Honkytonk Man de Clint Eastwood, est sans nul doute un terrain glissant, mais Mike Mills s’en sort avec maestria, évitant les ornières du genre sentimentalisme, bonnes intentions gnangnan, et clichés de la bien-pensance est traité de façon intelligente : l’adulte et l’enfant traitent d’égal à égal, Johnny ne jouant pas le père par procuration et les scènes les plus fortes ne sombrent jamais dans le sentencieux, les bons sentiments ou l’émotion glaireuse. C’est ainsi que durant plus de deux heures on se passionne pour cette histoire, dans laquelle le réalisateur a eu le bon goût de donner la parole aux adultes de demain, de ce fameux nouveau monde qu’ils imaginent bien mieux que ceux qui dans le monde réel l’évoquent avec démagogie, comme une fausse utopie, et à aucun moment on se dit qu’il y aurait des longueurs dans ce film magistral. On quitte les personnages avec regret, sur les retrouvailles avec une mère enfin de retour. Johnny regarde la voiture s’éloigner. Il s’en retourne vers sa solitude chargé d’une expérience qui l’a sans doute fait grandir. Sublime, splendide, ne vous privez pas de voir ce petit bijou de sensibilité ! Vous pouvez en revanche vous garder de voir Licorice Pizza, autre film américain, mais celui-là sans grand intérêt, cucul-la-praline et sans finesse (bref, tout à fait digne de son titre).

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