La Place d’une autre, Aurélia Georges

Le cinéma français n’est pas ma tasse de thé, celles et ceux qui suivent les chroniques ciné de ce blog, l’auront remarqué. Mais faute de film venus des « petits pays » du monde en ce moment dans la bonne ville de Nîmes, je me suis autorisé un pas de côté en allant voir La Place d’une autre, film d’une réalisatrice que je ne connais pas. Le thème de l’imposture en littérature (cf Enrique Vila-Matas), et pourquoi pas en cinéma, n’étant pas pour me déplaire, l’histoire, durant la Première Guerre Mondiale, d’une jeune femme du peuple, bonniche chez des bourgeois (évidemment, Monsieur se laisse aller à un geste leste, du pied – tout son mépris de classe est dans ce pied -, sous la robe longue de la soubrette, qui marque le coup en commettant un impair dans le service et se fait aussitôt jeter à la rue…), qui se trouve contrainte à vivre et dormir dehors, et rencontre des dames de la croix rouge qui l’embarquent vers le front où elle devient brancardière. Arrive une jeune bourgeoise suisse, Rose Juillet, orpheline depuis peu et qui se rend chez une veuve de la bonne classe, Eléonore (jouée avec sobriété et talent par Sabine Azéma) où elle doit jouer le rôle de lectrice. Un obus allemand tombe sur la baraque, Rose Juillet semble bien morte, Nellie (interprétée avec retenue par Lyna Khoudri, que tout le monde connait sauf moi !) lui vole sa lettre de recommandation et ses vêtements pour la remplacer. L’usurpation d’identité fonctionne à merveille. La jeune femme reste une domestique (on la vêt très dignement, mais elle n’a pas toute sa liberté), elle vit dans une belle maison, mange à la table de la patronne et sert donc de lectrice à Madame. Mais un peu plus encore : la relation entre les deux femmes prend une tournure inattendue, Madame s’attachant sentimentalement à Nellie, sur laquelle elle ne tarit pas d’éloge. Son neveu, pasteur du village, semble lui aussi sous le charme. Jusqu’à l’arrivée de la vraie Rose Juillet, pas si morte qu’il y paraissait.

Le film est d’une facture très classique (film d’époque oblige, sans doute), la photographie est léchée, les scènes d’intérieur-nuit du début, éclairées à la bougie, sont d’une beauté retenue, l’ensemble est plutôt de qualité et l’intrigue, servie par des actrices et un acteur de talent, n’ennuie pas. La condition des femmes du peuple (lumpen-prolétariat) est traitée habilement : Nellie, pour s’élever socialement, est prête à se priver de liberté. La morale n’est pas oubliée, et le spectateur un tantinet naïf (dans mon genre) se range du côté de la belle Nellie contre la vraie Rose Juillet (jouée par Maud Wyler, dont la sécheresse fait merveille) et la morale qu’elle incarne quand elle réclame sa place et vengeance, en fille de la bourgeoisie qui supporte mal qu’une roturière lui ait fait pareil affront. Le dénouement de l’intrigue (pas si surprenant de la part d’une réalisatrice), que je ne révèlerais pas ici (Dieu, s’il existe seulement, m’en garde !), m’a étonné (preuve encore une fois de ma naïveté de spectateur bon enfant), et je suis sorti de la salle paisible et satisfait du spectacle auquel j’avais assisté et que je vous recommande, ne serait-ce que parce qu’il a été tourné par une femme, avec trois femmes dans les rôles principaux, casting pas si fréquent. Et même si c’est un film français.

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