After Blue – Paradis sale, Bertrand Mandico

Après un premier long métrage (Les Garçons sauvages) qui avait été une demi réussite, Bertrand Mandico nous revient avec un « space-western » kitsch et au scénario indigent. Le cadre : une exo-planète répondant au nom d’After Blue, au décor minéral et végétal (dégoulinant et gluant, toute référence à des humeurs humaines seraient sans doute exclue !), qui évoque par sa beauté plastique une bonne installation du Palais de Tokyo (à croire que Mandico a raté une vocation d’artiste et qu’il s’est trompé en devenant réalisateur de cinéma…), et aux animaux (ou habitants natifs) mi-arbres mi êtres vivants un rien monstrueux ; sur cette nouvelle planète, préférée à la terre devenue insalubre, les hommes ont fait long feu : ils avaient les poils qui poussaient à l’intérieur, ils en sont morts étouffés, et ils ne restent plus que les femmes, dont le cou et les épaules se couvrent de toisons en forme de guirlandes qu’il faut raser (régulièrement) au rasoir laser (la coiffeuse du village s’en occupe très bien, donnant au réalisateur l’occasion d’exposer ses fantasmes érotiques de pacotille) ; le film commence par un dialogue entre une voix et Roxy, qui fait un peu « psychanalytique », et qu’on va traîner en voix off jusqu’au bout ; un androïde masculin aveugle, de marque Louis Vuitton, est la possession d’une artiste prétentieuse et pédante qui vit dans la forêt sur une montagne : il a un drôle de pénis, façon tentacules d’octopode ; les personnages sont des femmes, pas complexées par leur nudité, lesbiennes par nécessité, et les scènes de masturbations solitaires ou de moments de sensualité à deux se multiplient jusqu’à la lassitude du spectateur, même le plus indulgent (la fascination de Mandico pour l’homosexualité, mais aussi ce regard très masculin, et pas au meilleur sens du terme, qu’il porte sur l’homosexualité féminine finissent par fatiguer…) ; comme c’est un western, il y a des chevaux, et des armes : de marques de grands couturiers, Chanel, Gucci, etc… (c’est drôle) ; comme c’est un western, il y a une mauvaise : une fille au nom slave, dont le diminutif donne le patronyme Kate Bush (sur la crosse de la carabine de Zora, la coiffeuse, est inscrit : Tu tueras Kate Bush, slogan repris à longueur de dialogue et adapté : Il faut tuer Kate Bush ! c’est lassant) ; comme c’est un western, les deux « héroïnes », Zora et sa fille, se lancent à la poursuite de Kate Bush ; Roxy, la fille de Zora, est appelée par les filles de sa communauté « Toxique » (on saura pas pourquoi) ; comme c’est un space western érotique (enfin blindé de fantasmes de pacotille), Roxy, jouée par une actrice blonde jolie, est tout le temps un peu dénudée, elle se touche sans arrêt, elle gémit à n’en plus finir, elle se cache dans des terriers très étroits : c’est vraiment une chaudasse ; Roxy n’a pas résisté au charisme cradingue de Kate Bush quand elle l’a aidée à sortir du sable où la milice l’avait enterrée vive, ne laissant que sa tête hors du sable (elle l’a échappée belle, la marée approchait) et elle pense un peu trop à elle ; Kate Bush va exaucer trois vœux de Roxy, pour lui avoir sauver la mise : le problème, c’est qu’elle semble avoir des dons de télépathe, du coup elle exauce le premier vœu de Roxy en flinguant ses trois copines qui se baignent à poil dans la mer en se galochant – Roxy voulait juste qu’elles la laissent tranquille ! ; Kate Bush est une sensuelle, elle aussi : elle a le troisième œil : vous savez où ! ; Zora et Sternberg (l’artiste insupportable) prennent un bain de jouvence « sensualo-érotique » (Ron-zzzzzzz !) pendant que Roxy s’amuse avec l’androïde aveugle (faut bien meubler dans un film de plus de deux heures sans intrigue…) ; Kiefer et Climax, deux artistes décriées par la snob Sternberg, tueuses à gage à leurs moments perdus, flinguent Kate Bush alors que Zora la cherche dans la forêt, quand elle était cachée sous le lit de Roxy (dans une caverne insalubre appartenant à la sorcière tueuse au doigts griffus) et lui caressait le téton, et que tout le monde se retrouve là sans qu’un coup de feu ne soit échangé (sauf quand Kiefer et Climax débarquent) ; Paula Luna, l’actrice qui joue Roxy, a de jolis tétons et Mandico adore les filmer ; l’esthétique des décors est parfois chiadée (scène de camping, tente géométrique et transparente, boules métalliques de feu pour se réchauffer, paysage de montagne avec végétation genre sifi des années soixante), parfois horriblement kitsch ; les personnages d’After Blue sont caricaturaux : Zora est peureuse et nerveuse, voire hystérique (scène d’acmée où en rentrant au village avec le corps de Kate Bush dans un sac sur le bourrin elle pète un plomb, menace sa fille – qui s’est même pas touchée – avec son arme, hurle et finit par se rouler dans la boue avant de faire un malaise), Sternberg est une caricature d’artiste qui se la pète (Mandico aurait-il des comptes à régler avec le monde de l’art ?) et on se demande par moment (il faut bien tuer le temps) si Mandico n’a pas une relation torturée aux femmes ; je ne me souviens pas quel était le second vœu de la donzelle Roxy ; de retour au village, toute la communauté a été butée (y a des cadavres plein la plage, on a échappé au massacre) : troisième vœu de Roxy ? ; la musique est par moments insupportable (nappes d’instruments électroniques omniprésentes dans certaines scènes), par moments indigente ; les trois copines butées par Kate Bush apparaissent à Roxy et la tracassent (rien de nouveau) : elles sont fringuées comme si elles revenaient du carnaval de Rio (on leur voit un peu les seins) ; chez Sternberg, on boit de drôles de liqueurs naturelles qui ont l’air de saouler grave et dans le film, du début à la fin, on fume d’étranges cigarettes qui ont l’air de faire leur effet – Mandico aurait tourné son film sous acide qu’on serait pas plus que ça étonné…

J’ai pas tout dit, il faut bien laisser un peu d’inconnu pour le potentiel spectateur de ce film taré, pendant lequel l’ennui est au rendez-vous un peu trop souvent, mais qui constitue, à la façon de certaines œuvres d’art contemporain, une « expérience » (sensorielle ? sensuelle ? ou pas, à chacun d’apprécier…), dans une esthétique de sortie de boîte de nuit, qui fait penser que Mandico ferait mieux de réaliser des clips – ou de se consacrer à l’art (en trois dimension), pourquoi pas. Ça a le mérite d’exister, mais on pourrait attendre d’un pareil potentiel qu’il s’exprime dans des films dont toutes les dimensions seraient prise en compte par un réalisateur un peu trop foutraque pour être génial. After Blue est un demi échec, disons-le tout net. On ira quand même voir le film suivant dans l’espoir d’être agréablement surpris.

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