Trains étroitement surveillés, Jiri Menzel

Premier film de Jiri Menzel (1966), « oscarisé » (Meilleur film étranger), mais interdit dans son pays, Trains étroitement surveillés marque le début d’une collaboration de qualité entre le cinéaste tchèque et le grand écrivain Bohumil Hrabal (cinq autres films suivront). L’esprit du Printemps de Prague y est déjà présent, avec la référence à la Résistance contre l’occupant allemand pendant la Seconde Guerre mondiale, mais aussi avec un vent de liberté qui souffle sur tout le long-métrage. On y retrouve également l’esprit et le ton de Hrabal, son sens de la gaillardise, ce mélange inouï de farce, de tragi-comique et de tragédie qui fait sa signature, la critique plus ou moins voilée du réalisme soviétique et de la pesanteur bureaucratique qui s’incarne dans la figure du chef de gare, personnage gentiment ridicule merveilleusement campé par une sorte de Raimu tchèque. Bref, cette bobine est un petit chef-d’œuvre. Le jeune héros du film vient de réussir un concours qui va lui permettre, comme deux de ses ascendants (aux destins extraordinaires, rapidement évoqués en début de film) de porter l’uniforme de la bureaucratie des chemins de fer tchèques, à la grande fierté de sa maman. Il rencontre tout d’abord le chef de gare, en train de nourrir ses pigeons avec sur le dos un vieil uniforme et un képi maculés de crottes blanchâtres, puis son inférieur hiérarchique, un homme d’une trentaine d’années qui semble ne s’intéresser qu’aux femmes. Dès lors, Milos qui est encore vierge s’intéresse de près à une jeune contrôleuse bien plus libérée et entreprenante que lui. Leur première fois va s’avérer calamiteuse, et le film semble basculer dans la comédie grivoise. Mais ce serait sans compter sur le génie de Hrabal et de Menzel, le sous-chef de gare, sous des airs de coureurs de jupons, n’est rien moins qu’un résistant qui prépare des attentats contre des trains allemands bourrés d’armes et d’obus et le film bascule sur sa toute fin de ce ton léger cher à Hrabal à la grande Histoire s’invite dans le film, accompagnée par l’inévitable tragédie, ce dont Hrabal ne se privait que rarement. Menzel excelle dans l’évocation des parties les plus légères du scénario, et il y a quelques scènes inoubliables (les rendez-vous galants du sous-chef de gare, Milos qui demande à la femme du chef de gare une aide érotique qu’elle ne peut lui offrir, pendant qu’elle gave une oie…), mais il est à la hauteur quand il s’agit de filmer et de mettre en scène la fin tragique de l’intrigue, une fin qu’on n’a pas vu venir et qui tombe comme un couperet. L’écrivain et le cinéaste n’ont pas travaillé si souvent ensemble par hasard, leur génie était compatible et c’est un vrai bonheur de pouvoir « voir les livres » de Hrabal grâce à la réédition des films de Menzel. A ne pas manquer.

La petite télégraphe de la gare tamponnée par ce coquin de sous-chef de gare

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