Une Blonde émoustillante, Jiri Menzel

Une Blonde émoustillante (quel mauvais titre quand le livre de Bohumil Hrabal dont le film est l’adaptation propose La Chevelure sacrifiée !), sorti en 1974, est présenté comme une œuvre majeure de Jiri Menzel. Le roman de Hrabal (chroniqué ici le mois dernier) est une pure merveille et le film tente de lui être fidèle, avec une certaine réussite. On y retrouve les grands moments de La Chevelure sacrifiée et c’est un régal de voir en images les idées géniales de Hrabal, de retrouver sa verve comique. Maryska, l’héroïne, jouée par l’actrice (émoustillante) Magda Vášáryová, est d’une beauté renversante et semble sortie de la machine à écrire de Hrabal. Le frère de Francin (un mari délicieusement raide et drôlatique), Pepin, ne sait pas parler autrement qu’en hurlant, sans que ce soit fatiguant pour le spectateur, et apporte lui aussi sa touche comique. Les acteurs sont donc impeccables.

L’histoire se déroule dans un petit village fier de la chevelure blonde et bouclée de Maryska (un peu plus courte que dans la livre où elle lui descend jusqu’aux pieds !), Francin est le gérant de la brasserie qu’il essaie de faire prospérer sous le contrôle d’un conseil d’administration omniprésent. Libre comme l’air et gourmande de la vie, sa femme et lui s’aiment d’un amour véritable. Elle boit la bière de la brasserie comme une goulue, mange du cochon dès le petit déjeuner (sans prendre un gramme) et se laisse libéralement admiré par tous les hommes du village, qui le vénèrent chacun à sa façon : le coiffeur ne se lasse pas de s’occuper de sa toison d’or et le docteur, un jour où elle est alitée malade, écoutant ses poumons, s’endort comme un enfant contre sa magnifique poitrine dénudée ! Les morceaux de bravoure de Hrabal sont comme de juste magnifiquement cinématographiques : le jour du cochon et la ripaille qui s’ensuit, rabelaisienne à souhait, qui vient détendre un conseil d’administration que Francin subit en tentant de démontrer qu’il a une gestion saine de la brasserie ; le moment d’anthologie ou Pepin et Maryska montent au sommet de la cheminée de l’usine et contemplent la campagne alentour en blaguant, sans se soucier du vertige ou de la peur des ouvriers de la brasserie, des membres du CA, de Francin et des pompiers, qu’on voit arriver, comme dans le texte, depuis le point de vue de la blonde et de son beau-frère, avec fin heureuse il va de soi ; scène magnifique du bain de Maryska, qui se lave dans une des salles de la brasserie ; passages pendant lesquels la blonde (tellement émoustillante !) se rend au village à vélo, cheveux aux vents, et attire le regard de tous les hommes, jeunes ou vieux, du village ; scènes délirantes où Francin se rend en tournée dans les bars des villages où l’on sert sa bière sur une pétoire dont il n’est pas peu fière et qui fume comme une cheminée, tombe en panne à tous les coups, avec retour à la brasserie tracté par les chevaux d’un paysan du coin, avec point d’orgue sur le moment où le manteau du motard se prend dans la chaîne de l’engin et où il se voit obligé de tourner en rond à n’en plus finir dans un champ en attendant, le corps penché en arrière, que l’essence vienne à manquer… Ces moments d’anthologie sont nombreux, ceux qui mettent en scène Pepin et sa belle-sœur en feraient partie, car les deux s’entendent comme larrons en foire pour multiplier les plaisanteries volontaires ou non. Bref, ce film est une petite splendeur de joie de vivre mise en scène, de drôlerie, une ode à la vie et aux plaisirs. Il prend fin sur un moment doucement libertin qui nous montre Francin administrer en pleine rue une fessée, toute jupe relevée, à sa belle penchée sur son vélo, sous les yeux de ces messieurs du conseil d’administration (pas des fessées), pour la punir de s’être fait couper à la garçonne sa belle chevelure impossible. Sa main s’arrête avant de retomber une énième fois sur la croupe de la blonde, dont le visage semble montrer qu’elle commence à prendre plaisir à la punition. Et pourtant, Une Blonde émoustillante, qui n’est pas un film très long, m’a semblé multiplier les longueurs et souffrir de la comparaison avec Alouettes, le fil à la patte, vu la veille. Fin de la rétrospective Jiri Menzel, dont on aurait pu souhaiter qu’elle fût plus complète.

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