Devenir, Peter Lindbergh – Pavillon Populaire de Montpellier

Les commentateurs de la photographie de mode nous servent toujours un argument fort, comme pour s’excuser d’admirer un photographe qui a travaillé en grande partie avec des modèles (devenues pour certaines des stars grâce à la puissance du milieu de la haute couture), pour des magazines qui reconduisent sans vergogne les stéréotypes sur la femme, et de nous en assurer, donc, le photographe de mode dont vous allez voir les clichés n’est pas un photographe de mode comme les autres, c’est un véritable artiste, un vrai photographe. Avec Peter Lindbergh, comme avec les autres, quelle que soit leur approche, l’argument fonctionne encore. Mais pour Lindbergh, c’est le respect de la femme qui l’emporte, une forme d’anti-sexisme presque avant l’heure, et puis bien sûr, l’art photographique (la photo de mode élevée au rang d’art, comme s’il était le premier à s’y être collé… La photographie qui suit ne me semble pas l’exemple même d’une photo qui ne chosifie pas les femmes, mais peu importe, elle est vraiment très belle…

C’est donc à une rétrospective que le Pavillon Populaire invite les amateurs de photo (qu’elle soit de mode ou non) et, comme chaque fois avec ce genre d’exercice on a le droit aux premiers pas du maître, qui a commencé par un « pèlerinage » à Arles (un grand tournesol en noir et blanc est sans doute une sorte d’hommage à Van Gogh…), puis aux différentes étapes de sa carrière jusqu’à la consécration, bla-bla-bla… et aux interactions photographiques avec la littérature et le cinéma (hommage à Nabokov, avec une Lolita, qui n’est pas sans évoquer le Wim Wenders de Paris Texas. Quand on vous disait que Lindbergh est un artiste ! Quelques citations du maître, ici et là, en début de salle nous en livrent l’essence de la pensée artistique : « Avec le noir et blanc on n’essaie pas de faire plus joli, de faire chic ou de faire agréable, non, c’est authentique… La couleur s’arrête en surface. Le noir et blanc pénètre la peau : pour moi, il ne s’agit pas de beau ou pas beau, mais de vrai ou pas vrai. » Bien joué Peter, et nous voilà confronté aux portraits (grands tirages) de quinze beautés on ne peut plus vraies. Puis, à des photos, toujours en noir et blanc, de danse (quand on vous disait que Peter Lindbergh est un artiste), quand Peter photographiait Pina Bausch et sa troupe. Bref, Peter Lindbergh est un photographe qui aimait photographier les femmes, le faisait très bien et avait parfois des idées de fou. La photographie qui suit peut sans doute être vue comme une espèce de stéréotype à la noix du cinéma hollywoodien, mais elle me semble vraiment marrante…

Pour en revenir au thème du féminisme de Lindbergh, une ou deux petites citations plutôt sympathiques du gars : « Mon idéal a toujours été les femmes que j’ai rencontrées en école d’art, très indépendantes et qui n’avaient besoin de personne pour dire ce qu’elles avaient à dire. » et « La beauté, c’est le courage d’être soi-même, contre la terreur de la jeunesse et de la perfection. » Voilà, pas grand-chose de plus à dire sur cette rétrospective, sinon que Peter Lindbergh était un grand photographe, et qu’il avait le droit de travailler pour la mode (sans qu’il y ait besoin de l’en excuser), comme d’autres avant lui, ah ! Helmut Newton…

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