Le Club des tueurs de lettres, Sigismund Krzyzanowski

Publié en France par les éditions Verdier, Sigismund Krzyzanowski est donc cet auteur russe né en 1887 et mort en 1950, non publié de son vivant que l’éditeur russe Vadim Perelmouter a « découvert » aux archives pendant la période soviétique (regarder et écouter son témoignage sur notre blog ces trois derniers jours). J’ai trouvé dans une librairie montpelliéraine la version de poche de ce roman bizarre (écrit entre 1922 et 1924) et en ai fait l’acquisition sans penser que l’auteur, dont je ne connaissais pas le nom (et pour cause), était une espèce de « génie de la littérature » méconnu. Je me suis tout d’abord méfié, à cause du titre qui renvoie à cette mode récente des romans dont les titres font référence à des « clubs » ou des « cercles » divers et variés et qui me semble-t-il ne pèchent pas par excès d’originalité. Mais passons, à la lecture de la quatrième de couverture, il m’a semblé que ce bouquin abordait des thèmes spécifiques à la littérature et qu’il pourrait éventuellement m’intéresser. Ce fut en effet le cas. A la lecture du Club des tueurs de lettres, je m’aperçus que Krzyzanowski avait eu une idée intéressante, celle d’écrivains désireux de ne plus publier une ligne de leur vivant (comme si l’auteur avait la certitude qu’il ne publierait pas de son vivant, comme s’il avait la préscience de la maladie qui l’emporterait, lui faisant perdre avant cela l’alphabet…) et se réunissant chaque samedi pour, malgré leur décision de ne rien publier, continuer à s’adonner à la littérature en disant un texte de leur cru, qui ne sortirait évidemment jamais de leur petit comité. C’est ainsi que le roman s’apparente à un recueil de nouvelles, ou de textes littéraires de genres divers, puisque le premier de ces textes une courte pièce de théâtre, et que par la suite il y aura également quelques contes. Ces textes font voyager le lecteur dans le temps, de l’Antiquité et du Moyen Age au début du XXe siècle. Le plus difficile de ces récits est sans doute celui du chapitre IV, basé sur un « délire » scientifique qui, d’inventions en inventions toutes plus loufoques les unes que les autres, va permettre à une société d’introduire dans le corps de ses citoyens, sous le prétexte sécuritaire, au départ, d’en finir avec la folie, une sorte de vie préfabriquée de robots obéissants et incapables de rébellion (une société qui n’est pas sans faire penser à la dictature du prolétariat, mais qui est aussi la métaphore du club des tueurs de lettres dans lequel les sept participants renoncent à leur personnalité d’écrivain) et ce grâce à des machines, les « ex », qui se substituent à toute forme de volonté individuelle, les citoyens sous emprise d’une « ex » conservant leur pensée propre, mais s’avérant incapables d’agir en fonction. Evidemment, les quelques hommes de pouvoir qui tentent ainsi de conditionner leur peuple s’apercevront à leurs dépends que leur projet était irréaliste… Tout comme l’initiateur du club des tueurs de lettres s’apercevra peut-être que son idée est elle aussi utopique.

Les auteurs des textes portent tous un nom d’emprunt, qui se limite à une syllabe non porteuse de sens (Zes, Tev Daj, etc…) et les indifférencie suffisamment pour que tous soient presque confondus, pour la bonne raison qu’ils ont fait le même vœu, celui de ne plus écrire. Ils se réunissent chez le maître des lieux et « président » du club, dans une salle où trônent sept fauteuils, devant une cheminée et une bibliothèque aux rayonnages vides. Leur texte dit, et aussitôt mort, n’aura de vie qu’éphémère, sinon peut-être dans l’esprit des auditeurs où ils pourront continuer d’exister – et dans le livre qui s’écrit en racontant cette histoire d’écrivain renonçant à leur passion. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme ces étranges candidats à l’oubli semblent en avoir décider, vous vous en doutez bien et nous nous en tiendrons là de cette chronique qui ne souhaite pas vous en dévoiler plus sur ce livre fantasque et étrange, qui mérite sans nul doute d’être lu.

Les Palabreurs, Bohumil Hrabal

Selon Linda Lê, les personnages des Palabreurs de Bohumil Hrabal ont l’air de « pensionnaires d’asiles qui ont obtenu un permis de sortie provisoire » ou « d’occupants éphémères de cette vie qui préparent en grande pompe leur sortie définitive ». « Ces palabreurs sont habités par une obsession joyeuse de la mort. Ils s’adonnent avec délice au macabre euphorique ». Bien vu, qu’il s’agisse du notaire de la première nouvelle, qui prépare son testament et demande à une jeune femme de lui dessiner des belles phrases pour sa tombe ; qu’il s’agisse de Bamba, un tout petit homme (le directeur des pompes funèbres locales, comme de juste) qui accepte pour voir Prague dorée, qu’un de ses amis poètes, un colosse de 2m de haut, le soulève du sol par la tête, quand il sait très bien (Voulez-vous voir Prague dorée ?) ; qu’il s’agisse des personnages de Bambini di Praga, qui sont tous plus fous les uns que les autres (la nouvelle, la plus longue du recueil, se termine une nuit, dans un asile, où les protagonistes viennent pique-niquer !) ; qu’il s’agisse des motards de la nouvelle La Mort de Monsieur Baltisberger, qui roulent à tombeau ouvert pour gagner une course, conduisent « avec une telle colère » que ça ne peut se terminer autrement que par la mort de l’un d’entre eux ; qu’il s’agisse de M. Burgan (nouvelle Les Palabreurs) qui se blesse sans cesse, et ça commence par une faucille qu’il agite en tous sens au-dessus de sa tête pour chasser les abeilles, au point de se la planter dans le crâne, et bien sûr sa femme et lui rient de bon cœur à l’évocation des nombreuses blessures qu’il s’est infligées, c’est un vieux Monsieur Trompe-la-mort qui est même tombé du toit… ; qu’il s’agisse du père de Hrabal lui-même, dont les folies à moto lui ont valu tant de chutes, dont il rit sans doute encore, qu’on s’étonne qu’il ne se soit pas tué sur la route, tous les principaux personnages de ces nouvelles sont bien des grands fous, poursuivis, obsédés par la camarde.

Pour Claudio Magris, au contraire, « Le monde Hrabal est dominé par la solidarité fraternelle entre amis, par une bonté allègre qui le relient à la vie comme un cordon ombilical qu’aucune déception ou amertume ne sauraient couper… » C’est ma foi tout aussi vrai et nous ne départagerons pas les deux écrivains dont nous venons d’emprunter les analyses qui pourraient paraître divergentes, car Hrabal, c’est sans doute tout cela à la fois, et tant d’autres choses encore, comme lorsque Magris, toujours ,signale : « Hrabal offre le meilleur de lui-même dans la finesse et la précision de certains moments fugitifs : un manège qui tourne dans l’ombre bleutée du soir » (très belle scène où un homme et une femme assis dans leurs nacelles respectives, accrochés tous deux par des chaînes qui les relient au toit du manège, tournent et s’éloignent l’un de l’autre, puis se rapprochent et se rejoignent, s’attrapant par la main avant que l’homme ne repousse la femme au loin…), « le profil des toits dans le coucher du soleil, la conversation d’une fille aveugle dans un train face à l’indifférence de la contrôleuse et du paysage qui défile à l’envers » (très belle nouvelle dans laquelle chacun des passagers du compartiment évoque à tour de rôle, à l’exemple de la jeune fille aveugle, les qualités et la folie de leur père), « un dialogue à l’hospice ou à l’asile ». C’est aussi, dans Le Notaire, la vie au bord de la rivière, qui se reflète à l’envers et fait qu’un cheval marche sur les sabots d’un autre cheval, son double de miroir, ou quand un homme, tout de noir vêtu, et qui marche vers une femme à jupe rouge, la saluant en se décoiffant et en tombant son melon si bas que dans son reflet il puise de l’eau dans son chapeau. Ou encore, les deux buralistes dont un est aveugle, qui vont à leur kiosque à tabac et à journaux en tandem… Hrabal, c’est aussi des images très belles, une littérature qui donne à voir le monde et plus que tout Prague dans toute sa beauté. Hrabal, c’est tout cela et une extravagance que Magris lui reprocherait presque, mais dont pour ma part je ne me lasse pas, car elle lui fait atteindre des sommets de bonne narration. Oui, Hrabal est décidément un grand conteur, un narrateur de première qu’il faut lire sans hésiter pour le plaisir sans cesse renouvelé du texte. Allez-y, les amis, mais allez-y !

Vends Maison où je ne veux plus vivre, Bohumil Hrabal

Bohumil Hrabal est grand ! J’en étais déjà convaincu avant d’avoir lu ce livre, mais Vends Maison où je ne veux plus vivre est venu le confirmer avec éclat. Comment présenter ce livre ? Roman ? Oui et non… Recueil de nouvelles ? Oui ou non… Texte poétique ? Oui mais non… Ce livre assez inclassable est donc un texte littéraire, dont le genre nous importe finalement assez peu, qui s’ouvre sur un texte titré Kafkaesques (hommage évident à l’auteur pragois de La Métamorphose), dont l’incipit est le suivant : « Tous les matins, le logeur entre dans ma chambre sur la pointe des pieds, j’entends ses pas. La chambre est longue, si longue qu’un vélo ne serait pas de trop pour parcourir l’espace qui sépare la porte de mon lit. Le logeur se penche sur moi, puis il se retourne pour adresser un signe à quelqu’un qui se tient à la porte :

– M. Kafka est présent, dit-il. »

La référence à l’univers de Franz Kafka, au Procès entre autres, est évidente, mais Bohumil Hrabal ne s’est pas effacé devant l’écrivain à qui il envoie un petit signe malicieux. Car si le texte commence comme un livre de Kafka, il va se poursuivre comme un livre de Hrabal, et sans doute pas le moindre. Véritable chef-d’œuvre, dont l’auteur était semble-t-il très satisfait, Vends maison est le plus poétique de ses textes. Il faut donc parfois accepter de suivre un narrateur dont le propos n’est pas nécessairement de nous conter une ou des histoires, comme c’est généralement le cas des narrateurs de Hrabal, mais d’écrire un texte qui s’égare dans les méandres de collages ou de montages, qui confèrent à la narration un aspect surréaliste, comme le font certains dialogues délibérément décalés :

– J’ai le plaisir de vous proposer des brosses à dents.

– Non, non, ce n’est pas possible.

– Elles viennent de loin, oui, importées de France, en nylon, deux cent soixante-huit couronnes la douzaine.

– Non, non et non, ce n’est pas possible.

– Trop cher ? Comme vous voudrez, mais nos clients dansent à merveille sur les parquets cirés avec notre produit, monsieur le commis.

– C’est pour cela qu’elle gémissait si fort.

– Et comme nouveauté, sachez – c’est confidentiel – que nous avons en stock des brosses à cheveux pour enfants. Puis-je prendre votre commande ?

– Oui, mais jamais je ne pourrai la quitter. »

La narration, elle aussi, suit ce cours étrange, proposant dans certains textes-chapitres-nouvelles (?) deux histoires enchevêtrées, comme dans La Trahison des miroirs par exemple, où l’on suit la désopilante aventure de Valerian, devenu un beau matin sculpteur et peintre, qui participe à un concours artistique (L’action Jirasek), et celle d’un maçon qui va assister à la destruction d’un monument dédié à Staline (en 1964). Les personnages du livre sont aussi bien des intellectuels (le philosophe) que des gens du peuple, ils travaillent comme « volontaires » dans une fonderie où ils côtoient des détenues qui travaillent près d’eux (toutes relations sont interdites, même si le gardien est plutôt libéral). Poldi, la belle, dont le narrateur est amoureux est sans doute l’une d’elles, peut-être bien celle qui a sauvagement assassiné sa mère, car dans Vends Maison où je ne veux plus vivre, la cruauté, la violence sont omniprésentes, mais dans une optique où le monstrueux confine au merveilleux, comme le signale dans son intéressante postface Petr Kral. Et le mot « merveilleux » est à la fin le qualificatif qui convient le mieux à ce texte de Hrabal où Prague est magnifiée, élevée au stade de cité surnaturelle, merveilleuse. C’est là toute l’alchimie de la poésie de Hrabal mise en œuvre dans ce livre formidable que je ne peux que vous recommander vivement si vous souhaitez découvrir un écrivain tchèque du XXe siècle qui surpasse, et de loin, certains de ses contemporains plus célèbres que lui.

Le Traducteur cleptomane et autres histoires, Dezsö Kosztolanyi

Pour qui ne connaît pas Deszö Kosztolanyi, nous irons à l’essentiel. Grand écrivain hongrois parmi les grands écrivains hongrois, il est sans nul doute l’équivalent pour son pays de Jaroslav Hasek, Milan Kundera ou Bohumil Hrabal pour la Tchécoslovaquie. C’est dire qu’on a à faire à un des maîtres de la littérature de la Mittel Europa. Allons un peu plus loin, Kosztolanyi est un auteur du début du XXe siècle (il est mort en 1936) qui s’est particulièrement illustré dans l’art de la nouvelle, et ce petit livre est justement un recueil de nouvelles. On retrouve dans chacun des textes du Traducteur cleptomane, l’alter-ego de papier de Kosztolanyi, Kornél Esti, à tour de rôle narrateur, personnage principal, mais changeant, de toutes ces histoires, dans lesquelles on retrouve le ton inimitable de l’auteur, son pessimisme teinté d’humour et de fatalisme – de ce point de vue, Kosztolanyi est très proche de Hasek, dont nous ne pouvons nous empêcher de recommander au passage Les Aventures du brave soldat Chveik, son chef-d’œuvre. On ouvre le recueil et nous voilà plongés dans la Budapest des années 1920, avec des personnages hauts en couleur comme ce traducteur de qualité qui, sortant de prison pour vols répétés, ne peut s’empêcher de se livrer à son vice jusque dans sa façon de traduire un roman policier anglais – un petit bijou de nouvelle ; Kornél Esti, en poète sans le sou, qui avoue à un ami qu’il a hérité en son jeune temps d’une fortune considérable, qu’il n’a de cesse de dilapider petit à petit en en faisant le don à des inconnus, à raison de 150 couronnes par jour – des mille et une façons de donner son argent sans que le donateur ne soit connu de son obligé ; Kornél Esti, dans le train qui traverse la Bulgarie, en grande conversation avec un contrôleur bulgare, quand il ne sait pas un mot de sa langue ; Kalman Kernel, le chef d’entreprise prospère dont l’affaire coule soudain, qui en crée d’autres sans plus de succès, puis qui disparaît pour ensuite réapparaître (le texte se termine sur une comparaison entre son sort et celui des écrivains, car bien sûr c’est comme si toute sa famille lui en voulait de ne pas être disparu…) ; un pharmacien au bord du suicide, qu’une simple vente remet en (en)vie ; Sarkany, le poète le plus miséreux du monde ; l’écrivaine dont le manuscrit de 1308 pages, de la plus mauvaise graisse, encombre le bureau de K. Esti ; le Président insomniaque d’une association culturelle qui dort pendant les conférences qu’il a l’honneur et l’avantage de présenter, dans sa bonne ville de Darmstadt – pure merveille, une vingtaine de pages consacrées au sommeil du Président pendant les conférences, analysé par Kornél Esti, de la grande écriture. Esti est bien sûr le personnage le plus important du recueil, et toutes les histoires auxquelles il prend part sont ou drôles ou surprenantes et captivantes. Le style de Kosztolanyi est d’une grande élégance, fluide et il sait narrer. Le lecteur, subjugué, passe de l’une à l’autre des nouvelles sans à aucun moment ressentir le besoin de faire une pause, et c’est ainsi qu’on lit un livre en une après-midi, ravi d’un si beau voyage dans l’espace et le temps. N’hésitez pas, vous aussi, à le faire, ce sera un grand plaisir de lecture.

Octaèdre, Julio Cortazar

Dans le même esprit que celui d’un recueil écrit en 1958, Les Armes secrètes, mais sans forcément aller chercher le fantastique sous la surface du réel, Octaèdre propose au lecteur huit nouvelles de très bonne graisse, comme l’aurait dit Rabelais. Car force est de reconnaître que Julio Cortazar est un maître de la nouvelle et que dans cet opus publié en 1974, il est tout bonnement au sommet de son art. Voilà qui est dit, vous pouvez donc sans peur d’être déçu lire ce court livre, qui comme souvent avec la collection L’Imaginaire de Gallimard offre au lecteur du meilleur. Le procédé littéraire de Cortazar est assez génial : partir de situations réelles, d’un quotidien parfois banal pour donner de la réalité une vision moins simplette par un simple glissement qui modifie singulièrement les choses, relations humaines en particulier, conception de la vie et des lois du monde qui entoure les personnages, etc… La dernière nouvelle du recueil, Cou de petit chat noir, en est une démonstration. Dans le métro, un homme ganté s’amuse, en tenant la barre pour garder son équilibre, à répondre du doigt au doigt d’une jeune femme, gantée elle aussi, qui s’est aventurée à chercher le contact avec la main de Lucho. Rien de plus banal et plat que cette situation. Mais quand ils finissent par se parler, Lucho apprend, sans y croire tout d’abord, que les mains de la jeune femme ne lui obéissent pas et n’en font qu’à leur tête, cherchant ainsi régulièrement le contact avec d’autres mains, d’hommes, de femmes tout aussi bien, lui rendant visiblement la vie impossible. Une autre des huit nouvelles, Manuscrit trouvé dans une poche, se déroule dans le métro, il s’agit encore de séduction, organisée comme un jeu aux règles précises avec lesquels le narrateur ne peut pas tricher : il repère une jeune femme qui lui plaît dans le compartiment, la regarde dans le reflet de la glace, lui donne deux prénoms, un pour elle, un autre pour son reflet, sourit à ce dernier. Si le sourire est rendu, l’homme descend à la même station qu’elle et n’a le droit de l’accoster que si elle prend la direction qu’il a au préalable pronostiquée… Avec Marie-Claude, il triche. Le jeu et ses règles se compliquent alors un peu plus.

La mort est aussi l’un des thèmes de ce recueil de nouvelles. La première, Liliana pleurant, est le récit que se fait un grand malade, qui se sait condamner et imagine le jour de ses obsèques, les actions et réactions de ses amis, de sa femme, de son médecin qui est aussi un ami, de celui qui le remplacera auprès d’elle, Liliana. Jusqu’au moment où l’impossible semble se produire. L’autre nouvelle, Lieu nomme Kindberg, ne pourrait être racontée sans en gâcher la découverte. Le style qui explore Cortazar pour dire les discussions des deux personnages est éblouissant. Difficile parfois de savoir qui dit quoi, mais est-ce bien l’essentiel ? Enfin, Là, mais où, comment ? semble être une nouvelle autobiographique sur la mort d’un ami, le deuil impossible, une mort sans cesse revécue.

La deuxième nouvelle, Les Pas dans les traces, a pour thème l’écriture, l’ambition littéraire et sociale d’un critique littéraire qui va jusqu’à l’imposture pour être reconnu puis revient sur son erreur et s’apprête à disparaître du monde littéraire. Une nouvelle qui a sans doute dû plaire à Enrique Vila Matas, dont on reconnaît bien là les thèmes de prédilection. Eté est l’une des très fortes nouvelles du recueil, par le fait d’une image d’une force inouïe, celle d’un cheval blanc qui terrorise un couple désuni dans sa maison, en courant dans le jardin pour apparaître soudain devant la baie vitrée du salon et s’y frotter pour disparaître aussitôt, comme s’il allait essayer d’entrer dans la maison. Puissant.

Pour finir, Les phases de Severo est sans doute la pépite de ce recueil, une nouvelle où le fantastique est bien présent, un fantastique à la Borges, une nouvelle magistrale que je vous laisse le soin de découvrir sans vous en parler au préalable. Car ce livre mérite votre lecture.

Les Idiots d’abord, Bernard Malamud

Suite des lectures de l’œuvre de Bernard Malamud rééditée progressivement par les éditions Rivages avec ce recueil de nouvelles (douze au total) qui nous éloigne un peu, pas complètement, de l’univers habituel des petites gens du New York juif auquel l’écrivain merveilleux qu’est Malamud se consacre la plupart du temps.

Nature morte, un texte d’une trentaine de pages, appartient à la veine italienne de l’auteur : Fidelman, un jeune artiste américain, s’installe à Rome et cherche un atelier à partager, il en trouve un chez une femme peintre, dont il va tomber amoureux, mais qui ne le lui rend pas vraiment, et va entretenir avec cette femme torturée une relation dans laquelle son masochisme sera rudement mis à l’épreuve, jusqu’à une conclusion où les rôles changent. Mieux vaut la vie que la mort, autre nouvelle italienne, explore elle aussi la problématique des relations homme-femme, en narrant la rencontre d’un veuf et d’une veuve qui vont au cimetière pour honorer la mémoire de leur défunt. Elle ne peut envisager de connaître un nouvel homme sans se considérer comme adultère, lui est plus large d’esprit. La chute de la nouvelle, que l’on ne révèlera pas ici, tombe comme un couperet. Le Choix d’une profession, terrible texte sur les relations sociales dans la rencontre amoureuse, met en scène un professeur d’université et une étudiante, qui ne lui cache rien d’un passé où elle s’est trouvée contrainte à se prostituer. Incapable d’assumer pareille fréquentation, l’enseignant reçoit une véritable leçon de morale dont Bernard Malamud avait le secret, lui qui prenait toujours le parti des plus faibles. Un nu tout nu, petit chef d’œuvre de nouvelle, met de nouveau en scène l’artiste Fidelman, qui est aux prises avec deux truands italiens et doit réaliser pour eux, s’il souhaite retrouver sa liberté (ils le séquestrent), une copie parfaire d’une pièce de musée, une Vénus, qu’ils veulent voler.

La première nouvelle, qui donne son titre au recueil, est l’histoire poignante d’un homme malade qui sait sa dernière heure venue et qui veut payer à son fils handicapé le voyage pour l’envoyer chez son oncle afin de ne pas le laisser seul une fois son père décédé. Le texte narre par le menu les démarches du père et de son fils, une nuit d’hiver, pour demander leur aide à des personnages en capacité de leur prêter la somme nécessaire à l’acquittement du billet de train. Là encore, la chute, inattendue, et pourtant pas si surprenante de la part de Malamud, est tout à la fois terrible et géniale.

A une exception près, une pièce de théâtre qui nous semble discutable, les textes qui composent ce recueil sont tous des petits bijoux, comme ceux de Malamud qu’il est possible de lire dans la collection de poche des Editions Rivages et qui nous font dire chaque fois qu’il était un grand écrivain à lire et relire sans modération. Vous pouvez y aller, sans la moindre hésitation.

Le Tonneau magique, Bernard Malamud

Recommandé on ne peut plus chaudement dans son livre d’essais consacré à la littérature qu’il aimait plus que tout par le grand Philip Roth, Bernard Malamud est un écrivain juif new-yorkais qui, de son vivant, n’a peut-être pas joui de la notoriété qu’il aurait méritée, mis en concurrence par son époque, sans doute contre son gré, avec Saul Bellow, qui fut récompensé par le Nobel et plongea l’œuvre de Malamud dans l’ombre. Toujours est-il que, republiés en France par les excellentes éditions Rivages, les livres de Malamud, que je lis les uns après les autres avec délectation, me confirment l’idée que Roth, quand il conseillait un auteur, ne s’exprimait pas à la légère. Le Commis, roman du New-York juif des petits commerçants, épiciers ou autres, est un bel hymne à la tolérance et un hommage aux humbles ; L’Homme de Kiev, le chef-d’œuvre de Malamud, me semble-t-il, est un roman kafkaïen qui emmène son auteur dans la vieille Europe juive, ici en Ukraine, où le héros est accusé d’un crime qu’il n’a évidemment pas commis – magnifique – ; enfin Le Tonneau magique, recueil de treize nouvelles dont il va être question ici et qui était considéré par Philip Roth comme un chef-d’œuvre, est disons-le de suite une pure réussite : pas une de ces nouvelles n’est de qualité moyenne, un ensemble d’une régularité étonnante, dans le meilleur, le tout meilleur. Malamud était, l’air de rien, un maître du texte court.

On retrouve donc dans Le Tonneau magique le New-York des petits juifs avec lequel on avait fait connaissance grâce au Commis : cordonnier, étudiant rabbin, marieur, retraité ancien mireur d’œufs, tailleur, etc… ils sont tous les héros malgré eux d’histoires dans lesquelles la vie n’est pas tendre avec les plus modestes. Ainsi Kessler, le retraité, se voit-il mis à la porte du logement qu’il loue par un propriétaire qui n’a que peu de choses à lui reprocher ; Mitka, l’écrivain raté, voit son manuscrit refusé par les maisons d’édition et, quand il rencontre la femme qui a écrit une nouvelle publiée dans une revue qu’il a lue, c’est évidemment une cruelle déception – la nouvelle s’intitule, ironiquement, La Fille de mes rêves ; Schneider, doctorant en études italiennes, cherche vainement un appartement à Rome, où il a entraîné sa femme et leurs deux enfants, et lorsqu’il en trouve enfin un qui pourrait correspondre à leurs moyens… ; Rosen, l’ancien représentant en café, voudrait faire le bien avant de mourir, mais la jeune veuve qu’il voudrait tant aider, dans les plus pures intentions, refuse fièrement tout ce qu’il lui propose ; Tommy, l’épicier dont l’affaire périclite, ne sait comment s’y prendre pour dissuader une petite chapardeuse de lui voler des bonbons – à noter, en passant, que l’écrivain français Eric-Emmanuel Schmidt, dans son petit roman jeunesse, Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran, a fait sans aucun doute ses « courses » chez Malamud, il n’est que de lire Le Commis pour s’en apercevoir…

Il y a bien quelques rares nouvelles dont la fin est heureuse (L’Ange Levine, par exemple, dans laquelle le héros voit son vœu le plus cher, qui ne le concerne pas au premier chef, même si… exaucé par un ange noir), mais l’essentiel des textes de ce recueil est sombre. N’allez pas croire pour autant qu’ils soient plombants ! C’est là que réside tout l’art de Malamud, il aime à ce point ses personnages que leurs histoires, même si elles sont d’une tristesse terrible, nous les font aimer, nous aussi, et la tendresse de l’auteur pour ses créatures fait que sa littérature est grande et belle. On n’atteint pas, comme dans L’homme de Kiev, à la grande beauté de la grande littérature dans laquelle, on passe, en approchant du dénouement dans une dimension quasi sacrée qui fait basculer l’écriture dans un « autrement » génial, mais avec Le Tonneau magique, c’est de la très grande nouvelle qu’on lit, sans un moment pendant lequel on se dit « Tiens, il baisse ! ». Voilà pourquoi vous pouvez y aller voir, surtout si le genre court vous enchante. Malamud est une sorte de Maupassant américain du XXe siècle, vous ne serez pas déçu.

La Rose, Robert Walser

Dernier livre publié de son vivant, et avant une longue période où Robert Walser va renoncer à l’écriture parce qu’il est interné en hôpital psychiatrique et qu’il n’éprouve plus le besoin ni l’envie de s’adonner à la création, La Rose est un recueil de courts textes, dont certains peuvent faire penser à des nouvelles (Manuel, L’Oncle, Le Singe, Eric, Perceval écrit à son amie…), d’autres à des notes de promenades (Promenade dominicale, Genève), d’autres encore à des notes de lectures (L’Idiot de Dostoïevski, De quelques écrivains et d’une femme vertueuse, Sacher-Masoch), mais aussi des textes de théâtre (les derniers du recueil). C’est d’ailleurs la surprise de ce livre, dans lequel on apprend que Walser aimait le théâtre, passion que nous ne lui aurions pas prêté, mais la page 4! l’annonce avec un très court texte , Premiers souvenirs de théâtre. Toujours surprenant Walser !…

Le recueil se lit, comme toujours chez Walser, avec plaisir. Les portraits de personnages, qui évoquent parfois son roman, Le Bavard, sont aussi au rendez-vous : Wladimir, le fragment qui ouvre le recueil (« Nous l’appelons Wladimir parce que c’est un nom rare et qu’en effet il était unique en son genre », incipit qui nous rappelle combien Robert Walser était lui-même un personnage hors-norme, délicat mélange d’écrivain, au succès public tout relatif, d’homme rural tirant vers le paysan, et d’homme humble et tendre, d’une douceur surprenante.), Manuel (« Quelque chose l’amusait ; cette façon d’être modestement planté là l’emplissait d’aise. »), Kurt (« Kurt était un grossier personnage, du moins était-il perçu comme tel. »), Un Garçon modèle, etc… Enfin, quelques rares textes, très courts évoquent certains fragments de Franz Kafka, peut-être parce que leur personnage central se trouve être un animal, mais aussi à cause de leur tonalité différente des autres textes du volume : Cheval et ours : « Un cheval comme ça, joliment lustré et harnaché, a le droit d’être fier. Quel être possède des jambes plus fermes ? On ne peut guère douter de sa noble démarche. » / « Comme l’ours est différent. Il n’est pas beau à strictement parler, éventuellement il est plutôt un peu comique dans ses mouvements patauds, il est agile et massif, on ne sait trop comment on doit le concevoir. » ; Le Singe : « C’est avec délicatesse, mais pourtant avec une certaine dureté, qu’il s’agit d’attaquer une histoire rapportant qu’un jour un singe eut l’idée de se précipiter au café pour y rester assis des heures durant. ».

Walser n’a pas connu le succès public de son vivant, on lui a parfois reproché d’écrire comme il le faisait, de ne pas jour le jeu de l’écrivains social, d’être en somme un peu trop lui-même, ce qui avait le don de l’agacer prodigieusement. En rédigeant cette rubrique, j’écoute la musique d’un autre artiste hors-norme, loin des standards du musicien de jazz, Thelonious Monk, avec sa voix unique et si différente, qui n’est pas sans faire penser, à sa façon, à Walser. L’un mérite d’être lu (et il l’est, son succès post-mortem se confirmant année après année, même si le grand public ne le connaît pas toujours), l’autre d’être écouté. Célébrons-les un court instant en les réunissant dans nos pensées pour les hommes d’un autre siècle qui méritent de ne pas tomber dans l’oubli.

Nyarlathotep, H.P. Lovecraft

Petit recueil de nouvelles publié par L’Herne en 1996, nouvelles déjà publiées dans le Cahier de l’Herne consacré à Lovecraft en 1969, recueil qui me sembla l’objet idéal pour entrer en douceur dans l’œuvre d’un écrivain dont j’ignorais à peu près tout jusqu’alors, écrivain auquel je ne demandais pas mieux qu’attribuer ma sympathie, Nyarlathotep ne m’a sans doute pas donné envie de lire l’intégrale de l’un des maîtres du fantastique, non pas que ces textes soient mauvais, loin s’en faut, mais peut-être parce que l’ensemble m’a paru irrégulier, que certaines (bonnes) nouvelles de ce petit recueil (cinq nouvelles + deux textes anecdotiques) m’ont fait penser à Maupassant et au fantastique du XIXe siècle (ne boudons pas pour autant notre plaisir, ces deux nouvelles sont bonnes, répétons-le !). Bref, comme disait Pépin, commençons par évacuer, les deux derniers titres, Le Combat qui marqua la fin du siècle, petit texte potache écrit vraisemblablement par HPL, ou peut-être par l’un des ses amis de plume, qui relate un combat de boxe surréel entre deux mastodontes du noble art, qui se détruisent mutuellement plus qu’on ne pourrait l’imaginer, combat qui se termine par la mort d’un des deux belligérants, mais qui n’est à la fin pas vraiment mort, bref, texte dans lequel tous les personnages dont les noms sont fantaisistes renvoient aux amis de plume de la bande d’amis écrivains de HPL, texte à l’intérêt limité si longtemps après sa rédaction, et Ce qui doit se dire en vers, petit essai sur la poésie et ce qu’on peut se permettre quand on veut écrire des vers rimés. Le reste, dieu merci, a une toute autre allure. Nyarlathotep, qui donne sont titre au livre, est un très court texte, dont le style évoque celui de Borges et invite le lecteur à s’accrocher pour comprendre ce qu’il lit. Nyarlathotep vient de l’Egypte ancienne, on se bat pour aller l’écouter, le voir pour l’entendre délivré des messages venus de l’espace. Nyarlathotep annonce une période à venir angoissante et, quand il arrive dans la ville du narrateur, des événements étranges se produisent… Saisissant. Souvenir, le deuxième texte du recueil, est encore plus bref que le précédent. Là encore, on pense à Borges. Très beau texte sur l’espèce humaine, visiblement depuis longtemps disparue, dont deux êtres monstrueux, un génie et un démon, évoquent le souvenir. Jusque-là, Lovecraft me semble à la hauteur de sa réputation.

Le terrible Vieillard, qui suit ces deux premières courtes, très courtes nouvelles, est plus classique et commence à faire penser au fantastique du XIXe siècle. Il n’en est pas moins un très bon texte, dans lequel l’humour et la surprise sont au rendez-vous. L’Image dans la maison déserte, nouvelle plus conséquente par sa longueur, est un texte d’effroi, plus que d’horreur, que ma fille goûta fort dans sa prime jeunesse – elle était précoce – et dont elle me narra à l’époque – c’était du temps de son adolescence naissante – la fin, ne craignant pas de spoiler un texte dont elle pensait sans doute que je ne le lirai jamais. Erreur ! Dans le caveau est très nettement inspiré par la littérature du XIXe siècle et si on me l’avait donné à lire sous le nom d’auteur de Maupassant, je me serais fait prendre à ce jeu pervers. Très bon texte à chute, dont je ne dirai aucun mal, mais qui me semble daté.

Bref, je ne saurais vous dire ce que je pense de ce recueil de nouvelles de Lovecraft, l’auteur est sans nul doute un excellent auteur de textes de genre, sans doute du niveau d’un Poe, mais il me faudra sûrement lire d’autres de ces textes pour me forger un avis définitif. Il faut avoir l’humilité du débutant quand on est novice !

Le Mobile, Javier Cercas

Actes Sud publie le « premier roman » de Javier Cercas, Le Mobile, texte tiré d’un recueil de nouvelles dont l’auteur espagnol n’a conservé que celle-ci, se repentant des quatre autres (« par bonheur presque personne ne les a lus » écrit-il humblement dans sa note de fin de livre). Dans cette même note, il se demande : « J’ignore si le récit qui donnait le titre à ce recueil et que j’ai décidé de conserver ici est meilleur que les autres ; mais je sais que c’est le seul dans lequel je me reconnais non sans une certaine gêne et le seul, même si un écrivain finit presque toujours par se repentir de son premier livre publié, dont je ne me suis pas encore repenti. Il se peut que ce soit une erreur. » Fort bien.

Alvaro, vit dans un immeuble, petitement puisqu’il a choisi de sacrifier sa carrière professionnelle à don amour immodéré de la littérature, à laquelle il se livre avec le plus grand sérieux : « Alvaro prenait son travail au sérieux. Chaque jour il se levait ponctuellement à huit heures. Il finissait de se réveiller sous une douche d’eau glacée et descendait au supermarché acheter du pain et le journal. De retour chez lui, il préparait du café, des tartines grillées avec du beurre et de la confiture et il petit-déjeunait dans la cuisine, en feuilletant le journal et en écoutant la radio. A neuf heures, il s’asseyait à son bureau, prêt à commencer sa journée de travail. » (incipit) Son projet est d’écrire une oeuvre ambitieuse pour ouvrir une voie et pour cela, car les grands écrivains se reconnaissent à leurs lectures, il met ce premier roman sous l’autorité de Flaubert (petite pose dans le compte rendu de ce « roman », je l’ai choisi car, justement, mon second texte long, en cours, est l’histoire d’un homme qui, sans connaître Gustave Flaubert – il en a seulement entendu parler au bistrot, par un prof de lettres avec qui il boit parfois un coup – entame, sous l’égide de l’écrivain normand – le livre sur rien -, un cahier dans lequel il rend compte de son observation quotidienne d’un mur).

Ensuite, comme le roman du personnage principal se passe dans un immeuble, Alvaro va aller chercher le réalisme de son texte et ses personnages dans son environnement proche. J’arrête là le résumé du texte. Alvaro va faire la connaissance de trois de ses voisins et de la concierge de l’immeuble et, bien sûr, les choses ne vont pas passer aussi bien qu’il l’aurait souhaité, sinon il n’y aurait pas d’intrigue. Le texte de Cercas se lit vite (moins de quatre-vingt pages), mais hélas on n’en sort ni estomaqué ni convaincu. La fin est surprenante pour qui aurait pensé naïvement que la logique ne l’emporterait pas et l’on se dit que le prétexte littéraire du début a fait long feu, que c’est bien un texte de jeunesse qu’on vient de lire et qu’il est sans doute préférable d’aborder l’oeuvre de Cercas par des romans de sa maturité littéraire si l’on veut se faire un idée plus précise de son apport à la littérature. Et nous revenons, avant de vous déconseiller d’acquérir ce livre (13,80 euros pour 80 pages, mieux vaut sans doute le voler ou l’emprunter), à la note d’auteur : « Mais il se peut aussi que Cesar Aira ait raison quand il prétend que tout écrivain est soumis à la loi des rendements décroissants, selon laquelle « il est de plus en plus difficile de réaliser par la suite ce qui n’a pas été réalisé à la première tentative », parce que les astuces que le temps nous octroie, il nous les fait payer en fraîcheur et en vitalité. Si cela est vrai, et je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas le cas, ce livre est mon meilleur livre. » Il vaut donc peut-être mieux passer son chemin et ne pas insister avec l’oeuvre de Javier Cercas. Je lirai toutefois son recueil d’essais littéraires, dont la critique dit grand bien, Le Point aveugle. Et m’en tiendrai sans doute là.