Pentti Sammallahti, Miniatures

Au Musée Charles Nègre de la photographie de Nice, du 18 septembre 2020 au 24 janvier 2021, nous est proposée une exposition exceptionnelle en ce qu’elle est consacrée à un photographe finlandais dont l’œuvre est à découvrir si on ne la connait pas encore (et à revoir si on ne la découvre pas…), une œuvre d’une beauté rare, poétique et rafraîchissante à souhait. Miniatures (très petits tirages) fait voyager celui qui regarde à travers le monde, sans exotisme, grâce au regard plein de tendresse et d’humour que porte Pentti Sammallahti sur la faune (les petits animaux) essentiellement, la nature (une nature souvent recouverte de neige) et l’homme, une exposition d’une centaine de photos qui font penser, par leur minimalisme, leur sujet principal et la tonalité du regard à autant de haïkus d’hiver. De très petits formats, donc, sans qu’à aucun moment l’œil ne soit en difficulté tant la qualité des tirages est impressionnante, mais aussi des panoramiques dont Sammallahti est un maître incontesté (très beau clichés pleins d’humanisme).

C’est à une rétrospective passionnante que vous êtes donc invités, suivant Sammallahti au gré de ses pérégrinations dans le monde : de la mer blanche de Solovski en Russie, aux forêts d’Europe Centrale en passant par l’Irlande, la Grèce et la France (Nice, entre autres), jusqu’en Inde, et on en oublie, le regard du photographe se pose sur les chiens, les chats et les oiseaux (mais pas que) et sur la vie quotidienne des humbles, pour en montrer la beauté, la poésie et/ou l’incongruité. Son art du contraste et des nuances de noir et de gris tout autant que son minimalisme quand il photographie le blanc d’un mur, du ciel ou de la neige font de de cette exposition un moment de grâce dont vous sortirez émerveillé et heureux, apaisé et serein. Un seul regret : que cette fois le Musée Charles Nègre ne propose pas à ses usagers un film consacré à l’artiste dont on aurait aimé découvrir la biographie et le travail autrement que par un court texte de présentation de l’exposition qui nous laisse sur notre faim. Exposition à voir absolument si vous êtes de passage dans la ville de Nice ! Il vous reste quatre mois pour ne pas manquer ce rendez-vous essentiel. Et dans une période où le gouvernement, qui reconnaît (enfin) via le discours d’un ministre de la santé annonçant que quoi qu’il fasse (surtout quand on fait n’importe quoi) le bilan va s’alourdir, son impuissance (incompétence ?) face à une situation rendue incontrôlable par un travail de sape qui tend à casser les services publics (hôpitaux vidés de leurs lits et budget de la santé en baisse (!) ), ne sait qu’interdire les plaisirs et les moments de détente, je ne peux que vous conseiller de vous faire du bien (c’est toujours meilleur pour le système immunitaire que de regarder la télévision, d’aller dans une grande surface bondée ou de prendre le métro) en entrant dans le Musée Charles Nègre où, tout comme moi, vous risquez fort de ne pas croiser plus de cinq personnes !

Raconter l’autre et l’ailleurs (1944-1983), Jean-Philippe Charbonnier – Pavillon Populaire Montpellier

Jean-Philippe Charbonnier fait l’objet d’une rétrospective au Pavillon Populaire. C’est une découverte (comme souvent dans ces lieux), l’artiste étant, comme l’annonce le livret de présentation de l’expo, le grand oublié de la photographie humaniste française. Il se met à la photo au début de la seconde guerre mondiale en tant qu’assistant de Sam Lévin, photographe de cinéma de talent. A la sortie de la guerre, il travaille pour Point de vue – Images du monde, Le Dauphiné libéré (reportage sur l’exécution d’un collaborateur qui le fera renoncer à photographier une fois encore la mort d’un homme), Réalités.

La revue Réalités lui donne la possibilité de partir partout dans le monde pour des reportages (Chine, Allemagne, Italie, Angleterre, Canada, Russie, Alaska, Japon, Philippines, Amérique, Maroc, Koweït, Iran, Martinique, Tahiti, Brésil, etc…). Une oeuvre riche et belle se crée progressivement, au coeur de laquelle règne l’être humain, sous forme de portraits bien sûr, mais aussi de personnes photographiées dans leurs différentes activités humaines. L’exposition nous offre donc tout ce travail, qui mérite d’être découvert ou revu pour ceux qui le connaîtraient déjà.

Guy Bourdin, Zoom, Musée de la photographie, Nice

Du 18 octobre au 26 janvier 2020, Guy Bourdin est exposé au Musée de la photographie de Nice, au plus grand bonheur des amateurs de photographie de mode, mais aussi d’art, le photographe français ayant intégré à sa pratique professionnelle pour la revue Vogue Paris (à partir de 1954) et dans les campagnes de publicité des chaussures Charles Jourdan (dans les années soixante-dix) une dimension artistique, et plus particulièrement surréaliste, qui réveilla un domaine devenu tristement conventionnel. Le regard contemporain des amateurs d’arts visuels pourra y voir des procédés datés et des références quelque peu surannées, en somme du déjà-vu. Pourtant, au moment où Bourdin réinvente la photo de mode, il est sans nul doute le premier à se permettre ces pas de côté par rapport à une tradition sans imagination et ce n’est pas sans raison qu’il est encore aujourd’hui, vingt-huit ans après son décès, célébré comme un grand de la photographie, un artiste véritable qui a révolutionné un genre. Les séries « Chapeaux chocs » (humour noir, une femme couverte d’un chapeau à voilette de créateur sous des têtes de vaches mortes, langues pendantes, par exemple) ou Charles Jourdan 1979 (plus d’une dizaine de photos de jambes artificielles de mannequins en plastique chaussées des modèles à photographier et prises dans des paysages anglais) rendent hommage à Man Ray, que Bourdin admirait et qui lui facilita les débuts, et aux peintres surréalistes qu’il aimait tout particulièrement. Mais Bourdin n’est pas un suiveur et s’il s’approprie les codes du surréalisme, c’est pour en faire une marque de fabrique personnelle qui, dans un domaine où l’originalité n’est pas toujours de mise, fait de sa démarche artistique un vrai style qui a su résister à l’épreuve du temps. de ce point de vue, ses clichés peuvent figurer auprès du meilleur de deux autres grands, Richard Avedon et Irving Penn, c’est-à-dire au Panthéon de la photographie de mode.

Les Rencontres de la photographie, un festival à réinventer ?…

Obscuro Barroco, Evangelia Kranioti

Je ne sais pas au juste depuis combien d’années je fréquente le festival des Rencontres de la photographie d’Arles. Toujours est-il que j’y vais chaque été, que pendant longtemps, j’ai attendu avec impatience ce moment où j’allais voir de la photographie, m’en mettre plein les yeux, découvrir de nouveaux artistes, retrouver les grands classiques. Et puis, en 2015, la direction artistique du festival a changé (Sam Stourdzé remplace François Hébel), la fondation privée Luma s’est installée dans le site des ateliers SNCF d’Arles, anciennement lieu central des Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles. Et depuis, sans vouloir faire la fine bouche, le niveau global des expositions a baissé et mon enthousiasme avec. Aux ateliers, là où l’on passait une après-midi héroïque, dans la canicule sans air climatisé, à arpenter les trois ateliers en découvrant, expo après expo, des talents nouveaux de la photographie de reportage d’aujourd’hui, tout en admirant l’architecture des lieux, dans leur jus, et ce n’était pas pour rien dans l’enthousiasme qu’il y avait à supporter ces conditions dantesques, on passe cette année sans s’attarder sur les expositions de la Mécanique Générale : Valérie Belin, Painted ladies, et de Marina Gadonneix, Phénomènes, qui nous laissent hélas indifférents – nous étions quatre visiteurs aux sensibilités variées mais unanimes sur notre ennui – puis, au pas de charge, sur la photo brute (épuisante série de mini-expositions de photographes amateurs : 45 auteurs, 300 photographies, annonce le programme…), puis, sans passion, aux Forges, sur la photographie est-allemande, Corps impatients (les nôtres l’étaient autant !) et dans la plus grande indifférence face à la scénographie « art contemporain » de l’expo Sur Terre. Ouf ! on peut quitter les lieux en jetant un regard critique sur la tour infernale de la Luma.

Il y a bien, à l’espace Van Gogh, une intéressante rétrospective Helen Levitt, et une exposition très réussie consacrée à trois livres de femmes photographes sur les femmes, Unretouched women, il y a bien, à l’Eglise des Frères Prêcheurs, une très belle et angoissante exposition, Datazone, de Philippe Chancel qui nous fait faire un peu de tourisme apocalyptique autour de la planète, mais pour un cinquantième anniversaire du festival qui s’auto-proclame foisonnant, on se dit que le programme est encore moins riche que l’an passé, quand on pensait devoir patienter un an pour assister à un grandiose feu d’artifice. Finissons pour la bonne bouche sur l’Exposition du festival, à la Chapelle Saint-Martin-du-Méjean, celle de la photographe grecque Evangelia Kranioti, une vraie découverte (enfin !), au titre tout aussi poétique que ses photos et ses videos, Les Vivants, les morts et ceux qui sont en mer. Des cadrages stupéfiants, des portraits dans lesquels la photographe fait montre d’une belle empathie pour les exclus (marins, transexuels, prostituées, pauvres de tout poil…) et d’un talent exceptionnel pour photographier le corps dans quelques-uns de ses excès ou dans des mises en scène fulgurantes. On en redemande, tant on a l’impression jusqu’ici de s’ennuyer ferme dans ce 50e opus des Rencontres. Quant à la presse, elle continue de chanter les louanges du festival sur l’air bien connu de « Toujours se réinventer… » – y a-t-il seulement une presse qui exerce un vrai rôle critique à l’égard des Rencontres de la photographie ?

Bien, comme je n’ai pas tout vu cette année, je ferai encore semblant une ou deux journées d’y croire avec elle pour finir cet article pour le moins désenchanté. A très bientôt…