Maison Européenne de la Photographie, Paris – Love Songs

MEP Paris, Love Songs, l’une des plus belles expositions vues dans ce lieu magique de la photographie d’art, à égalité sans doute avec celle consacrée il y a une dizaine d’années à Sebastiao Salgado et à son magnifique reportage planétaire, Genesis, c’est dire l’intérêt de ce tour du monde de l’amour en une douzaine de photographes différents. Et ça commence avec René Groebli, qui photographia sa femme, Rita Dürmüller, l’année de leur mariage (1952), pendant leur lune de miel dans un petit hôtel parisien.

Première déclaration d’amour sensible et romantique de cette exposition collective, dont les quelques clichés qui suivent sont extraits…

Et ça se poursuit, salle suivante, avec Emmet Gowin, un photographe que je ne connaissais pas, qui va photographier sa compagne Edith tout au long de leur vie. « Un moyen de retenir, intensément, un moment de communication entre un être et un autre. », selon l’auteur de ces beaux clichés dont les moins émouvants ne sont sans doute pas ceux de la période de la maturité de sa femme et modèle. Très beau, très sensuel hommage à la femme. « Si vous vous mettez à faire des images sur l’amour, c’est impossible. Mais vous pouvez faire des photos, et vous pouvez être amoureux. De cette façon, les gens sentent l’authenticité de ce que vous faites. » dit encore Gowin, ce que les belles photos suivantes démontrent clairement.

L’exposition se poursuite avec l’un de mes photographes japonais préférés (avec Fukase et bien d’autres), le justement célèbre, pour ses excès et son talent, Nobuyoshi Akari. Sentimental Journey, daté de 1971, et Winter Journey (1989-1990) nous présentent le voyage de noces de Yoko et son jeune mari et les derniers mois de Yoko, avant un décès survenu alors qu’elle n’avait que quarante-deux ans. Akari connaîtra ensuite une carrière fulgurante, dans lequel le cors des femmes restera pour lui un éternel objet d’inspiration et de création artistique.

« Voyage sentimental est le fruit de mon amour, et de ma détermination en tant que photographe. J’ai choisi l’amour pour débuter comme photographe et le hasard a voulu que ce commencement soit un roman personnel. J’ai l’impression que c’est le roman personnel qui se rapproche le plus de la photographie. » commente l’auteur.

Hervé Guibert est connu autant comme romancier que comme photographe. En 1976, il rencontre Thierry et en fait le personnage central de ses livres et de son œuvre photographique durant quinze ans. Une fois encore authenticité et beauté se sont donné rendez-vous, et l’amour transparaît dans ces clichés d’une subtile tendresse. Ce que confirme l’auteur dans cette déclaration d’intention pleine de délicatesse : « Dans l’écriture, je n’ai pas de frein, pas de scrupules, parce qu’il n’y a que moi, pratiquement, qui suis en jeu, tandis que dans la photo, il y a le corps des autres, des parents, des amis, et j’ai toujours une petite appréhension : ne suis-je pas en train de les trahir ? Je ne fais qu’une chose : témoigner de mon amour. »

Il y a encore Nan Goldin, dont l’art photographique surprend toujours, entre vulgarité sans concession de la pornographie et regard artistique d’une grande pureté, dans un univers punk à souhait qui n’est pas sans faire penser à celui, en littérature, d’une Virginie Despentes…

Evoquons encore une découverte réjouissante, RongRong&inri, photographe à deux têtes, des deux côtés de l’appareil, opérateur et modèle, lui chinois, elle japonaise, amoureux et qui ne partagent qu’une langue, celle de leur art (il s’écrivent malgré tout grâce aux idéogrammes chinois, communs à leurs deux langues). Travail magnifique…

Mentionnons encore Lin Zhipeng, qui vit à Pékin, et photographie une jeunesse chinoise qui vit sans interdit et dans la plus grande légèreté de l’être, avec une approche digne de l’art contemporain et plutôt innovante. Jugez-en par ces quelques clichés…

Et nous finirons par la troublante Hideka Tonomura, avec son Mama Love de 2007 centré sur l’intimité amoureuse de sa mère (!) qu’elle nous montre avec son amant dont elle a « cramé » l’image afin qu’il apparaisse au lit comme un Fantomas noir…

Il aurait été impossible d’être exhaustif avec cette exposition collective, dont l’essentiel de mon point de vue est rappelé ici afin de faire regretter cruellement aux quelques lectrices et lecteurs de ce blog qui n’auraient pas fait la démarche de se rendre à la MEP pour cet événement d’une qualité remarquable, dont le commissaire d’exposition n’a vraiment pas raté son coup, d’avoir laissé passer la date du 21 août 2022, date fatidique de fin de Love Songs…

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