Petite Prose, Robert Walser

Vingt-et-un textes de Robert Walser, vingt-et-un petits diamants. Et ça commence avec la Vie d’un poète, construite à partir de sept tableaux de Karl Walser, le frère de Robert. Un texte suivi immédiatement par Causerie, une sorte de petite farce sur l’écrivain tel que le conçoit Robert Walser, mélange du mythe un brin vieillot du poète maudit et pauvre du XIXe siècle et de la fantaisie de Walser, qui ne se sert pas d’un cliché éculé pour le suivre à la lettre, mais s’amuse et dynamite par son humour bonhomme le stéréotype qu’il fait semblant de suivre, avec des phrases comme celle-là : « Tout vrai poète a une prédilection pour la poussière. » Jubilatoire…

Il y a aussi le jeu avec les formules toutes faites, comme « ne pas en croire ses yeux » ou « ne rien remarquer » pour créer des personnages singuliers, « celui qui n’en croyait pas ses yeux » et « celui qui ne remarquait rien » et leur inventer un destin singulier pour obtenir un résultat incongru, adjectif que Walser aimait tout particulièrement, car telle était sa recherche en littérature, écrire quelque chose de saugrenu, d’incongru. Il y a aussi l’enfant, une petite fille, qui quitte son village pour partir à la recherche du bout du monde et qui réussira dans sa quête, en trouvant un jour un hameau nomme Le bout du monde, où elle s’établira bien sûr. Il y a encore, clin d’oeil à Homère, la très courte histoire du voleur qui s’appelait Personne. Suit un texte intitulé Neige. Rares sont les recueils dans lesquels l’auteur suisse-allémanique n’écrit pas un ou deux textes sur la neige, lui qui mourra en promenade et dont on découvrira le corps dans… la neige. L’histoire d’Helbling est celle d’un paresseux qui travaille dans une banque, mais n’arrive pas à se lever le matin et se présente donc toujours en retard. Les petites gens qui travaillent dans des métiers de subalternes ont toujours fasciné Walser… Il serait trop long de présenter chacun des textes de cet excellent recueil, publié en 1917.

Walser aime faire des portraits de petites gens, il aime ces humbles à qui il ressemble et ne se lasse pas de livrer au lecteur leurs aventures, qu’elles soient imaginaires ou réelles. La figure du serviteur, qui trouvera dans L’Institut Benjamenta son aboutissement romanesque, est sans doute de celles qui lui conviennent le plus. Ici, c’est Tobold, le serviteur, dans le texte le plus long de l’ouvrage. Tobold, un zélé serviteur, qui apprend son métier dans un chateau et s’éprend de la vie aristocratique avant de finalement quitter son emploi, libéré d’un travail particulièrement contraignant.

Bref, ces petites histoires sans importance, ces histoires de gens de peu, qui tournent toutes autour de thématiques chères à Walser, sont un pur régal pour le lecteur amateur d’une littérature de l’incongru. Et c’est de toute évidence le cas du modeste auteur de ces quelques lignes qui reviendra à la charge avec quelque chronique d’un ou deux livres de Robert Walser, le gentil poète suisse dont il n’est pas près de se lasser. Lisez-le vous aussi, vous comprendrez pourquoi cet écrivain fait encore l’objet aujourd’hui d’un véritable culte pour maints artistes plasticiens et autres lecteurs exigeants.

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