Une Femme en contre-jour, Gaëlle Josse

Gaëlle Josse a attendu dix années après la mort de Vivian Maier, la photographe anonyme, pour écrire ce court roman qui lui rend un hommage sensible et délicat, sans rien cacher de cette drôle de femme, dont la vie dans son ensemble n’a rien eu de folichon, elle qui a passé une grande partie de son temps à jouer les nurses pour des familles d’Américains plus ou moins aisés, s’occupant de garder leurs enfants, leur faisant découvrir des choses que leurs parents ne pensaient pas à leur mettre sous les yeux ou, les mauvais jours, les traumatisant un peu par une sorte de sadisme à l’égard des petits qui lui faisait peut-être rejouer certaines des violences d’enfance que lui avait réservé la vie. Parallèlement à cette activité professionnelle des plus modestes et à une vie sans relief, s’il n’y avait pas eu la photographie, Vivian promène dans les rues des villes américaines où elle évolue son Rolleiflex et shoote autant qu’elle peut les déclassés de ce monde, les laissés pour compte de la société envers lesquels elle a une véritable tendresse qui se lit dans le regard qu’elle porte sur eux, dans ses clichés plein d’empathie et d’amour. Elle fait aussi des autoportraits, qui a eux seuls mériteraient une exposition. De son vivant, pas un de ces clichés n’a été montré. Elle en a vu d’ailleurs bien peu, n’ayant pas les moyens de faire tirer ses photos. Très vite, la valise, les valises, dans lesquelles elle accumule les films de douze poses qu’elle fait développer sans aller plus loin est oubliée chez un garde-meuble chez qui elle les abandonne, par manque de moyen toujours (elle ne paie plus le loyer), jusqu’à ce que l’ensemble soit vendu à un jeune homme qui cherchait des photos anciennes de sa ville de Chicago. Raté, il s’agit de portraits, mais très vite John Maloof (qui n’y connaît rien en photo) s’aperçoit qu’il a affaire à un-e véritable artiste et que c’est sur un petit trésor qu’il est tombé. Ce n’est pas de son histoire qu’il s’agit dans le livre de Gaëlle Josse, mais de celle de Vivian Maier. Son histoire à lui, quand il découvre la photographe, il en a fait un film, qu’on peut voir pour se faire une idée de l’œuvre de la photographe, autant que de sa vie, puisqu’il a mené l’enquête sur elle. Le texte, de ce point de vue, s’inspire largement du film. Et du site officiel de Vivian Maier, créé par Maloof toujours. L’auteure ne s’en cache pas, qui les mentionne dans un épilogue bienvenu. Le portrait qu’elle réalise de la photographe est plein d’empathie, écrit dans un style plus que plaisant. Pour qui ne connaît pas encore Vivian Maier, cette grande photographe de rue que l’histoire a bien failli manquer, il est aussi important de lire le livre de Gaëlle Josse (l’histoire d’une vie pas comme les autres, dédiée à « ceux qui ne ‘sont’ rien ») que de voir le film Finding Vivian Maier, paru en 2013, co-réalisé par John Maloof et Charlie Siskel. Pour ceux qui aiment la photographie, mais pas que…

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