Dublinesca, Enrique Vila-Matas

Publié en 2010, Dublinesca est un roman fantaisiste (ce qui n’exclut pas l’érudition littéraire habituelle chez un auteur qui se plait à mettre en scène dans chacun de ses textes la Littérature, avec un grand L messieurs-dames…) de notre vénéré Vila-Matas, dont le personnage principal, un éditeur à la retraite, qui serait peut-être une transposition romanesque de l’auteur lui-même, mais oui mais oui, vous ne rêvez pas, il l’a fait le bougre, comme si c’était la première fois ! décide, afin de se défaire de sa tendance, rédhibitoire pour son épouse (ces deux-là s’aiment, mais rien n’est jamais simple dans les romans d’EVM), à n’être qu’un hikikomori (vous savez, l’archétype japonais du gars qui n’arrive pas à se détacher de son ordinateur et ne fait rien d’autre de sa vie que surfer sur le net…), incapable qu’il est depuis sa cessation d’activité de donner un sens à sa vie et de passer à autre chose, de constructif même s’il ne s’agit plus de vie professionnelle, qui est passé de l’addiction à l’alcool (suite à un collapsus qui aurait bien pu lui coûter la vie) à l’addiction à l’ordi, chose on ne peut plus méprisable chez un homme de cette qualité, homme qui décide donc, pouf pouf, on ne s’y retrouve plus dans cette phrase sans queue ni tête, de faire le grand saut britannique en partant en voyage pour l’Irlande, Dublin plus exactement, afin de rendre un hommage à Joyce, avec en tête le phénoménal Ulysse, et enterrer ainsi la galaxie de Gutenberg, ce qu’il essaie d’expliquer en vain à ses parents, à qui il rend visite chaque mercredi et à chacun de ses retours de voyage, la dernière fois c’était en revenant de Lyon, et qu’il surprend par ses atermoiements, il est vrai que pour tout simplifier, il leur ment un peu, en inventant une conférence sur la fin de l’imprimerie, au point que son père pense qu’il a une maîtresse, d’où son voyage à Lyon, et qu’il explique tant bien que mal à Célia, sa femme, nouvellement convertie au bouddhisme, qui le surprend par sa nouvelle façon d’être, mais ce sont-ils seulement compris un jour, et d’ailleurs Riba (c’est son nom) ne s’est jamais compris lui-même, lui qui a passé son temps à courir après l’écrivain génial (celui que les autres éditeurs n’auraient jamais édité), ce qui ne l’empêche pas d’avoir publié les plus grands, et qui reste donc sur un certain sentiment d’échec, mais l’essentiel n’est pas là, car Riba a eu l’idée d’entraîner avec lui quelques amis, dont un de ses anciens écrivains, un jeune homme très doué pour l’organisation et sur lequel il compte pour trouver les idées qui feront de la cérémonie dublinoise une réussite, le jour du Bloomsday (le jour de Bloom, personnage principal d’Ulysse), et il y parvient sans grande difficulté, tout cela au milieu des citations littéraires, des références aux goûts musicaux de Riba (les mêmes que ceux de Vila-Matas, tiens donc…), au cinéma, etc… bref, dans une mise en œuvre connue des lecteurs du Matas, et tout irait très bien si le départ pour Dublin ne tardait à venir, au point qu’on finit par penser qu’il n’aura pas lieu, mais oui, il arrive, on a dépassé les cent pages, quand même, et les trois amis, mais peut-être sont-ils quatre, je ne me souviens plus, mettent la journée, à leur arrivée, avant d’entrer dans le centre de Dublin, et cela chagrine quelque peu Riba, et puis Joyce et le sixième chapitre d’Ulysse font leur entrée en scène, il n’est presque plus question que de cela et des pensées intimes de Riba, qui voit partout un jeune homme, déjà omniprésent à Barcelone, et toujours plus que jamais là dans les rues de Dublin, avec une espèce de gabardine noire sur le dos, une sorte de Samuel Beckett jeune, eh oui, Dublin ce n’est pas que Joyce, et on se demande bien comment ce drôle de roman, dans lequel l’essai littéraire est un des fantômes hantant le personnage principal, mais Vila-Matas ne se refera pas, comment ce drôle de roman donc, va pouvoir finir, de même que je me demande comment cette chronique va trouver un terme, et il paraît donc que le bouquin « décrit le cheminement qui a mené la littérature contemporaine d’une épiphanie (un truc littéraire usé jusqu’à la corde par Joyce dans Ulysse et dont je me garderai bien de vous expliquer le procédé) à l’aphasie » (consultez un dictionnaire si besoin, il y sera question d’AVC), d’un certain Beckett, selon l’éditeur français du texte, et là je vous avoue humblement que je n’aurais jamais écrit un truc pareil, mais revenons aux pensées intimes de Riba, ce sont celles d’un homme vieillissant, qui aimerait bien encore séduire une belle jeune femme de rencontre, qui se remet mal de sa faillite, même si sa carrière n’a pas de quoi le faire rougir, qui se dit qu’il fait le saut britannique pour oublier sa culture française, qui a une frousse bleue des pubs irlandais, dans lesquels il n’ose entrer de peur de rechuter dans l’alcoolisme, mais il est aussi question de Célia, qu’il fantasme partout, dont il fantasme la présence durant ce voyage auquel il ne l’a pas conviée, et puis on s’y perd un peu, il est question d’un autre voyage avec Célia, est-ce à Dublin, je ne le sais plus, bref, ce Riba à la fin m’ennuie un peu, et je vais donc en finir là, avec de drôle de bouquin, toujours du Vila-Matas, du bon, sans doute, mais pas du meilleur, et c’est sans doute pourquoi il aura fallu tant de temps avant que Bourgois le publie en poche, d’autant que désormais les nouveaux livres de l’auteur catalan sont publiés par une maison d’édition que ma maman m’a interdit de nommer ici, mais plus chez Bourgois, et donc je range celui-là, Dublinesca, auprès des livres de Matas que je ne porte pas aux nues, comme Docteur Pasavento, peut-être, et que ça ne vous empêche pas de courir l’acheter, car mieux vaut lire un Matas pas au sommet de sa forme que de ne pas lire Vila-Matas. Fin, pouf ! pouf !…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s