La Supplication, Svetlana Alexievitch

Ils ont côtoyé l’horreur, la maladie et la mort. Ils ont subi le mensonge d’Etat, le silence et le déni (Tchernobyl n’existe pas, il ne s’est rien passé là-bas ! Ou presque…). Et l’URSS allait vaincre le diable nucléaire avec des armes qu’elle savait utiliser, celles de la guerre – des armes, des camions militaires et, surtout, des vies humaines dont le prix est toujours dérisoire pour ceux qui en disposent – dans la tradition d’une mythologie qui s’est construite au XXe siècle dans le conflit et l’héroïsme du peuple russe. Les personnes qu’a écoutées Svetlana Alexievitch (Prix Nobel 2015) témoignent de leur vécu après la catastrophe et la beauté de cette parole libérée fait de La Supplication un livre rare, dont on sort comme en apnée (comment l’extraordinaire puissance de ce recueil de témoignages pourrait-elle laisser le lecteur indifférent ?). La Grande Histoire, narrée par le prisme de l’histoire individuelle, prend dans ces chroniques du monde après l’Apocalypse, où il est question d’émotions humaines, de répercussion de l’événements sur la vie individuelle des témoins et de philosophie, plus que de faits historiques, une dimension inattendue. Tout le monde croit savoir ce qu’est Tchernobyl et personne ne le sait, sinon ceux qui y demeurent et y meurent. De ce point de vue, tout le monde devrait lire ce livre. Sans exception.

« Tchernobyl est devenu une métaphore, un symbole. Et même une histoire. (…) De quoi parle ce livre ? Pourquoi l’ai-je écrit ?
– Ce livre ne parle pas de Tchernobyl, mais du monde de Tchernobyl. Justement de ce que nous connaissons peu. De ce dont nous ne connaissons presque rien. Une histoire manquée : voilà comment j’aurais pu l’intituler. L’événement en soi – ce qui s’est passé, qui est coupable, combien de tonnes de sable et de béton a-t-il fallu pour ériger le sarcophage au-dessus du trou du diable – ne m’intéressait pas. Je m’intéressais aux sensations, aux sentiments des individus qui ont touché à l’inconnu. Au mystère. Tchernobyl est un mystère qu’il nous faut encore élucider. C’est peut-être une tâche pour le XXIe siècle. Un défi pour ce nouveau siècle. Ce que l’homme a appris, deviné, découvert sur lui-même et dans son attitude envers le monde. reconstituer les sentiments et non les événements.
 » Svetlana Alexievitch, La Supplication (1997)

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